Suger et les origines de l’art gothique.
~~Cet article est la propriété privée de Jacques Beaufort , notre Pline l'Ancien, qui a guidé le groupe de latinistes des Amis de la Bibliothèque d’Annonay à traduire des textes de Suger (mais aussi d’Héloïse et d’Abélard) au cours de l’année 2013 2014. Suger et les origines de l’art gothique.
Pour tous les Français il est entendu que l’art gothique est une des plus parfaites expressions artistiques du christianisme. Et par «art gothique» nous songeons surtout à l’élégance et l’audace de ces croisées d’ogives et, dans certains cas, à une vertigineuse conquête de la hauteur. Mais il semble difficile de trouver un rapport entre ces admirables structures de pierre et la foi chrétienne. On parle toujours de la lumière qui envahit l’église. Soit ! Mais quel est l’intérêt d’ouvrir l’église à la lumière ? L’étude du chantier ouvert par l’abbé Suger à Saint-Denis nous aidera peut- être à éclairer ce problème. L’histoire de la basilique. Le bâtiment, qui datait, disait-on, de Dagobert, était très dégradé lorsque Suger fut élu abbé et, dès qu’il en eut la possibilité, il commença à le restaurer. Il a raconté précisément son travail de bâtisseur dans deux textes différents 1 L’écrit sur la consécration et la deuxième partie de son œuvre administrative. Comme le côté ouest -- l’entrée-- était en très mauvais état, il fit d’abord bâtir un puissant « massif occidental» (la façade que nous connaissons, qui a subi assez peu de modifications), de style tout à fait traditionnel, avec toutefois un ajout original, une grande rosace, qui fut donc bizarrement placée côté soleil couchant. Et en 1140 il put inviter de nombreux prélats à la « dédicace » de cette construction. Outre des travaux d’aménagements intérieurs, il passa ensuite au chœur, qui allait marquer pour bien des spécialistes actuels le début de l’architecture gothique. Il put alors, le 11 juin 1144, célébrer une « consécration » à laquelle furent invités, outre le Roi Louis VII, une foule d’archevêques ou d’évêques, et bientôt, dans le domaine capétien, commencèrent à s’élever les grandes cathédrales. Suger n’eut pas le temps de connaître ce succès car il mourut en 1151, après avoir commencé à bâtir un transept qu’il ne put achever. Par la suite, les abbés qui lui succédèrent ne poursuivirent pas les travaux, et il fallut attendre le XIIIème siècle pour voir s’élever l’église telle que nous la connaissons. Mais les parties achevées par Suger avaient été respectées. Si nous désirons mieux comprendre l’art gothique c’est donc du chœur de l’abbatiale, terminé en 1144, que nous devons nous occuper. Un chœur « gothique ». Ce chœur est en effet exceptionnel, et pas seulement par l’emploi de croisées d’ogives. Dans le cas des églises de pèlerinages de cette époque, un déambulatoire contournant l’autel permettait aux fidèles de se recueillir dans de petites chapelles rayonnantes. Améliorant cette solution, l’architecte de Saint-Denis2 choisit d’accoler à celui-ci un deuxième déambulatoire dont la structure est originale. En effet chaque croisée d’ogive comporte une cinquième branche envoyée directement soutenir l’abside de chacune des sept chapelles rayonnantes, dont les nefs ont disparu. À la place de petites chapelles éclairant fort peu vers l’église, ce seront sept grandes fenêtres qui vont illuminer la basilique dans sa partie la plus sacrée, faisant l’admiration des spécialistes actuels. Certes quelques constructions avaient déjà fait usage de la croisée d’ogive mais sans parvenir à cette impression d’élan qui caractérise le gothique. Cette fois « tout ce qui était lourdeur devient légèreté, la pénombre fait place à la plus grande clarté, le cloisonnement cède la place à un espace entièrement ouvert. Il faudra attendre l’architecture métallique pour retrouver une telle audace dans la conception spatiale.»3. Saint-Denis est donc bien le lieu (ou l’un des lieux) de naissance de l’art gothique. Reste à savoir ce qu’en dit Suger, lui qui en deux petits ouvrages, a décrit avec force détails son travail de constructeur. Et, à la surprise du lecteur, il ne dit absolument rien de l’audace de cette architecture. Suger. La vie de Suger est bien connue : issu d’une famille modeste, il avait été, à dix ans, confié comme « oblat » à l’abbaye de Saint-Denis, à laquelle il resta attaché au point d’en devenir l’abbé, et de jouer un rôle politique capital en raison du lien entre Saint-Denis et le pouvoir royal. Il s’agit d’une personnalité exceptionnelle, combattant auprès du roi Louis VI dans sa jeunesse, d’une résistance peu commune4, abbé maîtrisant bien les comptes, amateur de littérature latine, bon écrivain en latin qu’il s’agisse de prose ou de vers, et avant tout un mystique. Par ailleurs il s’était révélé un homme politique pacifiste qui dirigea la France pendant les deux ans de la deuxième croisade. Nous nous en tiendrons ici à son attitude concernant la reconstruction de l’abbatiale d’autant plus que les récits qu’il a consacrés à ce travail sont de véritables autobiographies, tellement il s’y implique sans cesse. On apprend ainsi à connaître sa passion pour les pierres précieuses. Amateur d’histoire, Suger aimait à remonter aux origines de l’abbaye, fondée par Dagobert, une époque qui avait conservé des ancêtres Germains le goût pour les dorures et les bijoux. Or ces ornements étaient encore nombreux dans l’ancienne basilique, et Suger ne cesse de les détailler et parfois de montrer comment il a pu en embellir certains. Ce n’est pas là un simple goût de collectionneur, mais une attitude véritablement mystique. Le texte où il décrit son extase lors des moments de contemplation est justement célèbre : « Lorsque, dans mon amour pour la beauté de la maison de Dieu, la splendeur multicolore des gemmes me distrait parfois de mes soucis extérieurs (…) me transférant des choses matérielles aux immatérielles, j’ai l’impression de me trouver dans une région lointaine de la sphère terrestre, qui ne résiderait pas toute entière dans la fange de la terre ni toute entière dans la pureté du ciel et de pouvoir être transporté, par la grâce de Dieu, de ce [monde] inférieur vers le [monde] supérieur suivant le mode anagogique. »5 L’anagogie (de deux mots grecs : qui conduit vers le haut) est, selon Littré, un «ravissement de l’âme dans la contemplation des choses divines ». On pourrait se contenter d’expliquer cette passion par l’émerveillement, resté intact à l’âge adulte, d’un enfant de dix ans découvrant le luxe des cérémonies bénédictines. C’est possible, mais cette attitude s’inscrit tout à fait dans la théologie du temps qui assimile Dieu à la lumière, à la suite de textes d’origine grecque, conservés justement à l’abbaye de Saint-Denis, où Suger avait été un temps bibliothécaire. La lumière. C’est sur ce thème que Georges Duby ouvrait en 1984 son ouvrage sur l’Europe des Cathédrales6 : « Dieu est lumière. À cette lumière initiale, incréée et créatrice, participe chaque créature. […] Issu d’une irradiation, l’univers est un jaillissement lumineux […]. Lien d’amour, [la lumière] baigne tout le monde, visible et invisible, […] et, parce que tout objet réfléchit plus ou moins la lumière, cette irradiation, par une chaîne continue de reflets, […] suscite un mouvement inverse vers le foyer de son rayonnement. […] Ainsi le créé conduit-il à l’incréé [c’est-à-dire Dieu] par une échelle d’analogies et de concordances… » et l’auteur poursuit en citant Suger, le personnage principal de son chapitre : « L’esprit aveugle surgit vers la vérité par ce qui est matériel et, voyant la lumière, il ressuscite de sa submersion antérieure7. » Nous sommes alors dans une période très optimiste de la foi chrétienne : les églises (spécialement les églises de pèlerinage qui contiennent des reliques) sont en quelque sorte des extensions du paradis sur la terre. Les fidèles sont déjà des élus qui, en quelque sorte, pénètrent dans un reliquaire. Et cela dans la joie. Il est significatif que, lors de la « dédicace, en 1140, Suger nous montre le peuple qui dansait à côté des religieux.8 Au siècle suivant à Reims, c’est le sourire d’un ange qui va les accueillir et Thomas d’Acquin écrira son Panis angelicus : les fidèles qui communient ont la même nourriture que les anges. La réussite de Suger On comprend que Suger qui avait hérité d’une église dégradée et trop petite, exprime, assez naïvement sur une inscription, sa fierté d’avoir employé tous ses efforts à l’agrandir et surtout à la décorer : « Suggerius studuit ad decus ecclesiae9 : Suger s’est employé à l’ornement de l’église. Comme l’écrit Jean-Christophe Cassard : « Une cathédrale est avant tout un temple de la couleur » 10. Cela se manifeste dès le début du texte qui porte sur la reconstruction du massif occidental, où Suger déclare l’avoir « fait peindre convenablement avec de l’or et de précieuses couleurs, ayant réuni de différentes régions les meilleurs peintres » qu’il a pu trouver. Lors de la construction du chevet il insiste sur les pierres précieuses : « sardoine, topaze, jaspe, chrysolithe, onyx et béryl, saphir, escarboucle et émeraude. »11 Et avant de terminer son texte sur le lieu capital, l’autel, il traite longuement des vitraux, et il conclut cette partie en parlant d’un « merveilleux ouvrage, de la dépense somptueuse en verre peint et en matière de saphir», et précise les conditions financières concernant les maîtres verriers.12 Relevons une originalité : cette partie qui porte sur les vitraux est rédigée presque totalement en vers, la prose donnant seulement quelques explications. Il semble que seule la poésie ait été capable d’en exprimer la perfection. C’est que les vitraux sont en quelque sorte des pierres précieuses translucides: une invention relativement récente permettait à la lumière divine de traverser les pierres précieuses. La tradition se trouvait magnifiée par la modernité. Certes Suger décrit ce chœur tout neuf avec enthousiasme. Il parle clairement d’une « extension élégante et remarquable, distribuant une couronne d’oratoires et grâce à laquelle [l’église] toute entière brillerait de la lumière admirable et ininterrompue de vitraux resplendissants, illuminant la beauté intérieure »13, mais il ne parle toujours que de lumière et non d’une structure architecturale. L’essentiel pour lui est évidemment l’éclairage spirituel de l’église entière, rendu possible grâce à la rencontre de deux sources de lumière, celle du chœur et celle de la rosace de l’entrée terminée quatre ans plus tôt. Pars nova posterior dum jungitur anteriori Aula micat medio clarificata suo. “Tandis que la partie postérieure, nouvelle, est jointe à l’antérieure, la basilique resplendit, illuminée en son milieu.14 » Ces vers (un distique élégiaque) manifestent la joie de Suger : son souhait d’éclairer sa vieille basilique jusque dans les parties encore anciennes a été réalisé. Et évidemment il s’agit d’une lumière sainte et non de la simple lumière du jour. Nous comprenons mieux à présent l’art gothique des cathédrales. Nous avons tendance à penser que leur audace est le fruit d’une compétition entre les clergés des diverses villes. C’est sans doute en partie vrai, mais il faut aussi songer que la hauteur était un moyen de multiplier les ouvertures, c’est-à-dire de faire pénétrer davantage une lumière mystique. Quittant les tristes logements de l’époque, les citadins, au sein d’un lieu aussi magique, devaient bien se sentir au Paradis. Mais d’ailleurs cette structure de pierre, qui nous paraît définir l’art gothique, était-elle vraiment indispensable ? Cent ans après le chœur de Saint–Denis, pour la Sainte Chapelle de Saint-Louis, l’architecte a pu choisir une tout autre solution : c’est un chainage métallique bien caché qui maintient les vitraux, créant ainsi un véritable mur de lumière. Conclusion Et Suger ? L’invention de son architecte a dû lui paraître un bon moyen d’installer des vitraux (un conservateur de musée s’intéresse-t-il aux cimaises qui portent ses chefs-d’œuvre?), mais probablement sans prévoir ce qu’elle annonçait. Comment aurait-il su que Saint-Denis ouvrait la voie à un art qui allait se développer après sa mort ? Mais de notre côté, nous sommes aussi ignorants : le mysticisme qui s’attachait à la lumière ayant disparu en même temps que la majorité des vitraux anciens, c’est au squelette de pierre que nous nous intéressons, sans en saisir la raison d’être. Suger, mort trop tôt, n’a peut-être pas su reconnaître l’art gothique et nous, nés trop tard, avons du mal à le comprendre. On conçoit alors que nos contemporains, lorsqu’ils sont à la recherche du sacré, penchent plutôt vers l’architecture cistercienne dont la beauté résulte de la seule harmonie de la construction, évidemment moins fragile.
Suger (suite et fin)
~~Suger.
La vie de Suger est bien connue : issu d’une famille modeste, il avait été, à dix ans, confié comme « oblat » à l’abbaye de Saint-Denis, à laquelle il resta attaché au point d’en devenir l’abbé, et de jouer un rôle politique capital en raison du lien entre Saint-Denis et le pouvoir royal. Il s’agit d’une personnalité exceptionnelle, combattant auprès du roi Louis VI dans sa jeunesse, d’une résistance peu commune1, abbé maîtrisant bien les comptes, amateur de littérature latine, bon écrivain en latin qu’il s’agisse de prose ou de vers, et avant tout un mystique. Par ailleurs il s’était révélé un homme politique pacifiste qui dirigea la France pendant les deux ans de la deuxième croisade.
Nous nous en tiendrons ici à son attitude concernant la reconstruction de l’abbatiale d’autant plus que les récits qu’il a consacrés à ce travail sont de véritables autobiographies, tellement il s’y implique sans cesse. On apprend ainsi à connaître sa passion pour les pierres précieuses.
Amateur d’histoire, Suger aimait à remonter aux origines de l’abbaye, fondée par Dagobert, une époque qui avait conservé des ancêtres Germains le goût pour les dorures et les bijoux. Or ces ornements étaient encore nombreux dans l’ancienne basilique, et Suger ne cesse de les détailler et parfois de montrer comment il a pu en embellir certains. Ce n’est pas là un simple goût de collectionneur, mais une attitude véritablement mystique. Le texte où il décrit son extase lors des moments de contemplation est justement célèbre : « Lorsque, dans mon amour pour la beauté de la maison de Dieu, la splendeur multicolore des gemmes me distrait parfois de mes soucis extérieurs (…) me transférant des choses matérielles aux immatérielles, j’ai l’impression de me trouver dans une région lointaine de la sphère terrestre, qui ne résiderait pas toute entière dans la fange de la terre ni toute entière dans la pureté du ciel et de pouvoir être transporté, par la grâce de Dieu, de ce [monde] inférieur vers le [monde] supérieur suivant le mode anagogique. »2 L’anagogie (de deux mots grecs : qui conduit vers le haut) est, selon Littré, un «ravissement de l’âme dans la contemplation des choses divines ». On pourrait se contenter d’expliquer cette passion par l’émerveillement, resté intact à l’âge adulte, d’un enfant de dix ans découvrant le luxe des cérémonies bénédictines. C’est possible, mais cette attitude s’inscrit tout à fait dans la théologie du temps qui assimile Dieu à la lumière, à la suite de textes d’origine grecque, conservés justement à l’abbaye de Saint-Denis, où Suger avait été un temps bibliothécaire. La lumière. C’est sur ce thème que Georges Duby ouvrait en 1984 son ouvrage sur l’Europe des Cathédrales3 : « Dieu est lumière. À cette lumière initiale, incréée et créatrice, participe chaque créature. […] Issu d’une irradiation, l’univers est un jaillissement lumineux […]. Lien d’amour, [la lumière] baigne tout le monde, visible et invisible, […] et, parce que tout objet réfléchit plus ou moins la lumière, cette irradiation, par une chaîne continue de reflets, […] suscite un mouvement inverse vers le foyer de son rayonnement. […] Ainsi le créé conduit-il à l’incréé [c’est-à-dire Dieu] par une échelle d’analogies et de concordances… » et l’auteur poursuit en citant Suger, le personnage principal de son chapitre : « L’esprit aveugle surgit vers la vérité par ce qui est matériel et, voyant la lumière, il ressuscite de sa submersion antérieure4. » Nous sommes alors dans une période très optimiste de la foi chrétienne : les églises (spécialement les églises de pèlerinage qui contiennent des reliques) sont en quelque sorte des extensions du paradis sur la terre. Les fidèles sont déjà des élus qui, en quelque sorte, pénètrent dans un reliquaire. Et cela dans la joie. Il est significatif que, lors de la « dédicace, en 1140, Suger nous montre le peuple qui dansait à côté des religieux.5 Au siècle suivant à Reims, c’est le sourire d’un ange qui va les accueillir et Thomas d’Acquin écrira son Panis angelicus : les fidèles qui communient ont la même nourriture que les anges. La réussite de Suger On comprend que Suger qui avait hérité d’une église dégradée et trop petite, exprime, assez naïvement sur une inscription, sa fierté d’avoir employé tous ses efforts à l’agrandir et surtout à la décorer : « Suggerius studuit ad decus ecclesiae6 : Suger s’est employé à l’ornement de l’église. Comme l’écrit Jean-Christophe Cassard : « Une cathédrale est avant tout un temple de la couleur » 7. Cela se manifeste dès le début du texte qui porte sur la reconstruction du massif occidental, où Suger déclare l’avoir « fait peindre convenablement avec de l’or et de précieuses couleurs, ayant réuni de différentes régions les meilleurs peintres » qu’il a pu trouver. Lors de la construction du chevet il insiste sur les pierres précieuses : « sardoine, topaze, jaspe, chrysolithe, onyx et béryl, saphir, escarboucle et émeraude. »8 Et avant de terminer son texte sur le lieu capital, l’autel, il traite longuement des vitraux, et il conclut cette partie en parlant d’un « merveilleux ouvrage, de la dépense somptueuse en verre peint et en matière de saphir», et précise les conditions financières concernant les maîtres verriers.9 Relevons une originalité : cette partie qui porte sur les vitraux est rédigée presque totalement en vers, la prose donnant seulement quelques explications. Il semble que seule la poésie ait été capable d’en exprimer la perfection. C’est que les vitraux sont en quelque sorte des pierres précieuses translucides: une invention relativement récente permettait à la lumière divine de traverser les pierres précieuses. La tradition se trouvait magnifiée par la modernité. Certes Suger décrit ce chœur tout neuf avec enthousiasme. Il parle clairement d’une « extension élégante et remarquable, distribuant une couronne d’oratoires et grâce à laquelle [l’église] toute entière brillerait de la lumière admirable et ininterrompue de vitraux resplendissants, illuminant la beauté intérieure »10, mais il ne parle toujours que de lumière et non d’une structure architecturale. L’essentiel pour lui est évidemment l’éclairage spirituel de l’église entière, rendu possible grâce à la rencontre de deux sources de lumière, celle du chœur et celle de la rosace de l’entrée terminée quatre ans plus tôt. Pars nova posterior dum jungitur anteriori Aula micat medio clarificata suo. “Tandis que la partie postérieure, nouvelle, est jointe à l’antérieure, la basilique resplendit, illuminée en son milieu.11 » Ces vers (un distique élégiaque) manifestent la joie de Suger : son souhait d’éclairer sa vieille basilique jusque dans les parties encore anciennes a été réalisé. Et évidemment il s’agit d’une lumière sainte et non de la simple lumière du jour. Nous comprenons mieux à présent l’art gothique des cathédrales. Nous avons tendance à penser que leur audace est le fruit d’une compétition entre les clergés des diverses villes. C’est sans doute en partie vrai, mais il faut aussi songer que la hauteur était un moyen de multiplier les ouvertures, c’est-à-dire de faire pénétrer davantage une lumière mystique. Quittant les tristes logements de l’époque, les citadins, au sein d’un lieu aussi magique, devaient bien se sentir au Paradis. Mais d’ailleurs cette structure de pierre, qui nous paraît définir l’art gothique, était-elle vraiment indispensable ? Cent ans après le chœur de Saint–Denis, pour la Sainte Chapelle de Saint-Louis, l’architecte a pu choisir une tout autre solution : c’est un chainage métallique bien caché qui maintient les vitraux, créant ainsi un véritable mur de lumière. Conclusion Et Suger ? L’invention de son architecte a dû lui paraître un bon moyen d’installer des vitraux (un conservateur de musée s’intéresse-t-il aux cimaises qui portent ses chefs-d’œuvre?), mais probablement sans prévoir ce qu’elle annonçait. Comment aurait-il su que Saint-Denis ouvrait la voie à un art qui allait se développer après sa mort ? Mais de notre côté, nous sommes aussi ignorants : le mysticisme qui s’attachait à la lumière ayant disparu en même temps que la majorité des vitraux anciens, c’est au squelette de pierre que nous nous intéressons, sans en saisir la raison d’être. Suger, mort trop tôt, n’a peut-être pas su reconnaître l’art gothique et nous, nés trop tard, avons du mal à le comprendre. On conçoit alors que nos contemporains, lorsqu’ils sont à la recherche du sacré, penchent plutôt vers l’architecture cistercienne dont la beauté résulte de la seule harmonie de la construction, évidemment moins fragile.
Suger et les origines de l’art gothique.
Avec son groupe de latinistes des Amis de la Bibliothèque d’Annonay, Pline l'Ancien a traduit des textes de Suger (mais aussi d’Héloïse et d’Abélard) au cours de l’année 2013 2014.
Suger et les origines de l’art gothique.
Pour tous les Français il est entendu que l’art gothique est une des plus parfaites expressions artistiques du christianisme. Et par «art gothique» nous songeons surtout à l’élégance et l’audace de ces croisées d’ogives et, dans certains cas, à une vertigineuse conquête de la hauteur. Mais il semble difficile de trouver un rapport entre ces admirables structures de pierre et la foi chrétienne. On parle toujours de la lumière qui envahit l’église. Soit ! Mais quel est l’intérêt d’ouvrir l’église à la lumière ? L’étude du chantier ouvert par l’abbé Suger à Saint-Denis nous aidera peut- être à éclairer ce problème. L’histoire de la basilique. Le bâtiment, qui datait, disait-on, de Dagobert, était très dégradé lorsque Suger fut élu abbé et, dès qu’il en eut la possibilité, il commença à le restaurer. Il a raconté précisément son travail de bâtisseur dans deux textes différents 1 L’écrit sur la consécration et la deuxième partie de son œuvre administrative. Comme le côté ouest -- l’entrée-- était en très mauvais état, il fit d’abord bâtir un puissant « massif occidental» (la façade que nous connaissons, qui a subi assez peu de modifications), de style tout à fait traditionnel, avec toutefois un ajout original, une grande rosace, qui fut donc bizarrement placée côté soleil couchant. Et en 1140 il put inviter de nombreux prélats à la « dédicace » de cette construction. Outre des travaux d’aménagements intérieurs, il passa ensuite au chœur, qui allait marquer pour bien des spécialistes actuels le début de l’architecture gothique. Il put alors, le 11 juin 1144, célébrer une « consécration » à laquelle furent invités, outre le Roi Louis VII, une foule d’archevêques ou d’évêques, et bientôt, dans le domaine capétien, commencèrent à s’élever les grandes cathédrales. Suger n’eut pas le temps de connaître ce succès car il mourut en 1151, après avoir commencé à bâtir un transept qu’il ne put achever. Par la suite, les abbés qui lui succédèrent ne poursuivirent pas les travaux, et il fallut attendre le XIIIème siècle pour voir s’élever l’église telle que nous la connaissons. Mais les parties achevées par Suger avaient été respectées. Si nous désirons mieux comprendre l’art gothique c’est donc du chœur de l’abbatiale, terminé en 1144, que nous devons nous occuper. Un chœur « gothique ». Ce chœur est en effet exceptionnel, et pas seulement par l’emploi de croisées d’ogives. Dans le cas des églises de pèlerinages de cette époque, un déambulatoire contournant l’autel permettait aux fidèles de se recueillir dans de petites chapelles rayonnantes. Améliorant cette solution, l’architecte de Saint-Denis2 choisit d’accoler à celui-ci un deuxième déambulatoire dont la structure est originale. En effet chaque croisée d’ogive comporte une cinquième branche envoyée directement soutenir l’abside de chacune des sept chapelles rayonnantes, dont les nefs ont disparu. À la place de petites chapelles éclairant fort peu vers l’église, ce seront sept grandes fenêtres qui vont illuminer la basilique dans sa partie la plus sacrée, faisant l’admiration des spécialistes actuels. Certes quelques constructions avaient déjà fait usage de la croisée d’ogive mais sans parvenir à cette impression d’élan qui caractérise le gothique. Cette fois « tout ce qui était lourdeur devient légèreté, la pénombre fait place à la plus grande clarté, le cloisonnement cède la place à un espace entièrement ouvert. Il faudra attendre l’architecture métallique pour retrouver une telle audace dans la conception spatiale.»3. Saint-Denis est donc bien le lieu (ou l’un des lieux) de naissance de l’art gothique. Reste à savoir ce qu’en dit Suger, lui qui en deux petits ouvrages, a décrit avec force détails son travail de constructeur. Et, à la surprise du lecteur, il ne dit absolument rien de l’audace de cette architecture.
(La Parenthèse) Librairie
Félicitations pour cette révolution numérique.
Certes, avec notre nouveau site internet vous pouvez à toute heure du jour et de la nuit, 7 jours sur 7, savoir si nous avons un livre en stock, le réserver ou le commander et commander des livres numériques. Cependant, nous ne sommes que des hommes (enfin surtout des femmes) et nous avons parfois besoin de dormir. La librairie sera donc ouverte tous les jours jusqu'à Noël aux horaires suivants : Mardi 16 décembre de 9h à 12h et de 14h à 19h Mercredi 17 décembre de 9h à 12h et de 14h à 19h Jeudi 18 décembre de 9h à 12h et de 14h à 19h Vendredi 19 décembre de 9h à 19h Samedi 20 décembre de 9h à 12h et de 14h à 19h Dimanche 21 décembre de 10h à 18h Lundi 22 décembre de 9h à 12h et de 14h à 19h Mardi 23 décembre de 9h à 12h et de 14h à 19h Mercredi 24 décembre de 9h à 12h et 14h à 18h
Le prochain Café Philo
Le prochain Café Philo aura lieu le jeudi 18 décembre 2014 à 20h15 au Liberté Café 8 place de la Liberté à Annonay. Le thème : "Pourquoi une oeuvre d'art nous touche ? " Les pistes de réflexion : - Que partageons nous dans la contemplation d'une oeuvre d'art ? - Universalité du goût. - La gratuité d'une oeuvre d'art. - Place et limite du langage dans la communocation autour d'un oeuvre d'art? - La communication dans l' art ? Ouvert à tous , entrée libre.
Pourquoi ai-je dit oui si vite? de Michèle Vilet
Marie-Françoise a lu -Pourquoi ai-je dit oui si vite de Michèle Vilet (Auteur belge)
Un roman écrit à deux mains, l'une en script, l'autre en italique, l'histoire d'une rencontre faite sur Internet d'un couple que tout oppose. Pourquoi ont-ils dit oui si vite ? Leur conception de vie à deux est tellement opposée. Ils s'aiment et nous plongent dans une histoire pleine d'optimisme, l'homme se rend compte qu'il peut aimer une autre femme que son épouse décédée et la prétendante ménopausée peut encore prendre du plaisir dans sa nouvelle sexualité.
Les Trois Villes, Les Trois Évangiles de ZOLA
Claude nous conseille fortement la lecture ou la relecture d’œuvres moins connues de Zola :
Les Trois Villes : un cycle romanesque écrit après les Rougeon Macquart avec un prêtre Pierre Froment qui sert de personnage pour interroger le lecteur sur la place de la religion dans ces trois villes Lourdes Rome et Paris.
A la suite de ce cycle, Les Trois Évangiles Fécondité, Travail et Vérité, le quatrième Justice a juste été ébauché.
les muchachas Katherine Pancol
~~J'ai lu le premier tome de la trilogie des Muchachas.
Katherine Pancol reprend les personnages des-Yeux jaunes des crocodiles, de la valse lente des tortues et des Écureuils de Central Park qui sont tristes le lundi-
Un opus plus féminin, presque féministe avec l'arrivée de femmes dont cette pseudo sœur inconnue Stella violée qui doit se protéger ainsi que son fils et son amoureux...
Je vais commencer le second entre deux prix pour me distraire .
Pétronille d'Amélie Nothomb
J'ai lu Pétronille d'Amélie Nothomb




