CE PAYS QUI TE RESSEMBLE de Tobie NATHAN
CE PAYS QUI TE RESSEMBLE de Tobie NATHAN
Ce roman commence en Égypte dans les années 1920. Ce pays a de plus en plus de mal à supporter la domination anglaise.
Dans le ghetto juif du Caire, naît une petite fille, Esther. A cinq ans, elle va faire une chute du haut d’une terrasse, on la croit morte, elle survivra mais restera sujette à des crises d’absence, presque de coma, ce qui, dans ce monde de superstitions, de magie et de sortilèges ne peut être dû qu’à des esprits malfaisants.
Cette réputation de sorcière ne s’affaiblira pas, et à quinze ans on ne lui trouvera qu’un mari, un jeune aveugle du nom de Motty.
Miraculeusement, un amour passionné va les unir.
Sept années s’écoulent mais aucun enfant ne vient. Esther va alors rencontrer de vieilles femmes arabes qui l’aideront à tomber enceinte à coups de magie et de cérémonies de transes.
Un petit garçon chétif, Zohar, voit le jour, il ne sera pas circoncis car ses parents ont trop peur de le voir mourir pendant l’opération. Incontrôlable, Zohar s’élève tout seul, disparaît des journées entières, la ville lui appartient.
En grandissant, son intelligence hors norme va l’aider à se faire une place non négligeable dans cette ville cosmopolite.
Petit vendeur de cigarettes, puis de drogues, il se fait des amis, et à même pas 20 ans arrive aux portes du pouvoir. Il crée grâce à l’arrivée de la prohibition une fabrique « d’eau bleue », qui remplace le whisky.
C’est un succès phénoménal et les grands dignitaires, les anglais, les riches juifs, et même le roi Farouk seront ses clients. Dans les années 40, la guerre gagne le monde entier, Rommel est aux portes de l’Égypte, le peuple pense que les allemands vont l’aider à se débarrasser des anglais, mais la bataille d’El Alamein va changer la donne, Rommel est vaincu…
Déçus, les Égyptiens ne supportent plus la pression des anglais, et les partis de la rébellion montent en puissance, en particulier celui des Frères musulmans, qui prêchent déjà le djihad, surtout contre les juifs.
Nino un ami de Zohar, s’est converti à l’Islam et fait partie des plus acharnés. Le roi Farouk est de plus en plus isolé, menacé, il devient obèse, énorme, sa cleptomanie s’accentue, et un accident de la route en compagnie de Masreya, la sœur de lait de Zohar, son amour interdit, va causer des séquelles mentales irréversibles.
En décembre 1947, l’assemblée de l’ONU adopte un plan de partage de la Palestine. L’état d’Israël est créé.
Nino fait maintenant partie des chefs, il devient menaçant, les émeutes éclatent, les magasins brûlent au cri de « tuez les juifs, défendez la Palestine ». Il va falloir partir, reprendre la route mais vers quel pays ?
J’ai aimé la façon dont l’auteur a su nous raconter en parallèle la belle histoire d’Esther puis de Zohar, les coutumes, le mélange des origines et des religions dans une même ville, cette faculté de vivre côte à côte, dans une bonne entente, et les convulsions de l’Égypte, qui croyait que le départ des anglais allait ouvrir une ère de liberté et de prospérité. C’était sans compter sur la montée de l’islamisme et de l’intolérance, l’appel au djihad.
Au cours de ma lecture, j’ai plusieurs fois eu la sensation que l’on parlait d’événements actuels, lorsque l’auteur abordait entre autres les questions de radicalisation en prison, de tuer au nom d’Allah, le rôle des imams. Un beau livre pour comprendre la naissance d’un monde moderne… mais le changement n'apporte pas que du positif.
LES JEUNES MORTES de Selva ALMADA
~~Nous avons lu LES JEUNES MORTES de Selva ALMADA – Argentine
Un roman très court, une enquête,effectuée par une journaliste avec quelques arrangements dans les prénoms et situations. C'est un Livre témoignage coup de poing engagé, sans concession, avec des mots clairs et précis qui dénonce la société patriarcale d' Argentine.
1808 femmes ont été victimes de violence depuis 2008, on parle de « féminicide ».
Quantité négligeable, qu’on peut violer, torturer, réduire en esclavage, assassiner sans que cela révolte et pose un problème de conscience aux autorités, aux policiers, et même à la majorité des gens…
On ferme les yeux -C'est ainsi- et la réflexion la plus courante est -qu'Elles sont parties vivre une meilleure vie ailleurs, prendre leur liberté-.
Quand on retrouve leurs corps, elles ont fait quelque chose de mal, et elles l’ont bien cherché… Seuls les parents pleurent leur enfant disparu, quand ils ne sont pas soupçonnés, parfois les frères, les cousins, les voisins, paraissent bien coupables… mais c'est l'omerta et le silence s’abat très vite sur le crime.
La police, particulièrement laxiste, abandonne très vite des semblants d’enquêtes. Selva ALMADA, s’attache plus particulièrement au destin de trois jeunes femmes, peut être parce qu’elles ont disparu à proximité du village de son enfance, Andrea 19 ans dont l'assassin est entré dans sa chambre alors que les parents étaient à l'étage du dessous, Sarita 20 ans et Maria Luisa 15 ans.
Elle découvre des vies de jeunes filles, simples, qui ont juste envie de vivre. Elles ont des petits copains, mais chez certaines déjà se dessine la violence, lors de leurs premières rencontres, tout à la joie d'être aimée, elles ne remarquent pas que le copain veut juste la partager, la chosifier et la pousser vers la prostitution, et si l’une meurt, c’est sans importance, on se tourne vers la sœur pour la remplacer …
La femme est quantité négligeable dont on peut se servir aisément.
Même Yogui, le frère de Maria Luisa, qui essaie pourtant de faire des recherches sur l’assassin de sa sœur, fera cette confidence à Selva : elle fréquentait des filles (ses amies) qui avaient une mauvaise influence sur elle ! Elle s’est mal conduite ! Elle travaillait, elle sortait, elle portait un jean ...
Toujours cette notion de faute chez la fille qui a bien cherché son châtiment.
Pourtant certains proches de ces femmes, sincèrement attachés, enquêtent et essaient de trouver l’assassin, ou tentent de faire quelque chose pour qu’on ne les oublie pas, des religieuses créent une association pour protéger, rechercher.
Les argentins se réveillent enfin et se mobilisent contre ce fléau. Selva ALMADA ne cherche pas à retrouver des assassins, mais à rendre hommage à ces jeunes femmes juste victimes parce nées femmes.
LA RENVERSE – OLIVIER ADAM
Clémentine Pépin a lu LA RENVERSE – OLIVIER ADAM
L’histoire débute lorsque le narrateur Antoine apprend par la radio la mort accidentelle d’un certain JF LABORDE, sénateur maire d’une ville de banlieue et ancien ministre.
Cette information qu’il essaie d’abord d’oublier va réveiller ce passé qu’il a voulu fuir, en venant se réfugier dans un village perdu de Bretagne. Tous les démons enfouis dans sa mémoire resurgissent.
Ce Laborde a été impliqué il y a dix ans dans un scandale politico-sexuel à laquelle sa mère (adjointe du maire à l’époque) a été mêlée, un scandale qui a éclaboussé et détruit sa famille. Cette histoire a fait la une de tous les médias mais s’est soldée par un non lieu grâce au concours de brillants avocats et pas mal de coups tordus.
Le scandale évoqué se passe au cours d’une soirée organisée par le maire et son adjointe, ils vont y contraindre sous la menace de représailles, deux femmes, à participer à leurs pratiques sexuelles.
Ces 2 femmes, une métisse et une maghrébine vont porter plainte quelques mois après les faits, elles seront alors traînées dans la boue, accusées de tous les vices, drogue, alcool, violences au sein des couples, enfant placés à la DDASS…
Elle seront défendues par un avocat proche d’un adversaire politique du maire, ce qui permettra aux avocats du maire de dénoncer une machination, un coup monté, et aboutira à un non lieu.
Ces deux femmes auront par la suite une vie très difficile et l’une d’elles finira par se suicider
L’histoire est racontée par Antoine, alors adolescent. Il fait un portrait sans concession et très détaché de ses parents, comme s’il parlait d’étrangers.
- Son père un homme sévère, très dur avec ses fils, aucune marque d’affection, aucun centre d’intérêt, sous l’emprise de la mère qu’il défendra envers et contre tous
- Sa mère trop jolie et élégante pour cette petite ville, s’occupe parfaitement de sa maison mais également d’œuvres sociales, catholique pratiquante mais elle a une double personnalité, ambitieuse, perverse, elle deviendra l’adjointe puis la maîtresse du maire et le suivra dans tous ses excès.
Et puis il y a le petit frère enfant fragile, solitaire, qui sera le plus affecté par le scandale et qui partira vivre chez son oncle.
Antoine fait une description très sombre et pessimiste de cette société de petite bourgeoisie dans une ville de la banlieue parisienne, stéréotypée, faite de quartiers pavillonnaires où toutes les maisons se ressemblent.
Univers plutôt déprimant où Antoine a passé son enfance et son adolescence.
Description très noire mais réaliste de ce milieu politique ou tout n’est que corruption, compromissions, trafics d’influence, où tout s’achète, où l’on est prêt à tout pour défendre sa situation, sa position sociale?
On retrouve comme dans les autres romans d' Olivier Adam un personnage tourmenté, solitaire, taciturne qui fuit toute relation durable et vit en marge de la société dans cette Bretagne sauvage aux côtes balayées par la pluie, le vent, les tempêtes, il adore ce paysage magnifique et cette nature indomptable qui lui ressemble et où il se sent bien. Il le quittera pourtant pour commencer une vie nouvelle dans d’autres horizons plus lointains.
Écriture très dense, on a du mal à reprendre son souffle, on est happé par l’histoire que l’on ne lâche plus.
Dispersés par le vent de Richard Flanagan
Jeannine Vincent a lu Dispersés par le vent
Une très belle écriture pour un roman sombre et des rencontres magnifiques de personnages pittoresques.
Un roman chapitré par dates de l'arrivée en Tasmanie de ce couple slovène à la maturité de Sonja.
Maria Buloh disparaît abandonnant son mari et sa petite fille Sonja de trois ans.
Le mari reste seul avec cette identité écrasante de mépris d'émigré, il élève sa fille qu'il bat de temps en temps quand il a un peu trop bu.
Cette Tasmanie où sont arrivés des émigrés d' Europe de l'est est une île abritée au Nord par l'Australie.
Un roman bouleversant à la voix rocailleuse de vent des blizzards, des vents terribles. Un livre plein d'espoir dans ces contrées montagneuses battues par le froid et le vent.
Victor Hugo vient de mourir Judith Perrignon
En ce 22 mai 1885, Victor Hugo vient de mourir
L'auteur Judith Perrignon se glisse dans sa chambre. Ses amis de toujours Vacquerie et Meurice sont présents, il y a aussi Ockroy, l' ami qui a épousé la belle fille de Victor Hugo, ils sont sollicités pour préparer des funérailles grandioses.
Et en ces 11 jours qui précèdent l' enterrement du grand homme, chacun va se réclamer des idées de cet homme qui a déjà une rue à son nom de son vivant.
Le peuple réclame un jour férié. Les bannières des grévistes, des communards, des anarchistes, du peuple, des combattants, des socialistes, des révolutionnaires, des groupes autonomes…Chacun voudrait son accréditation pour être au plus près de cet homme qui observait les bas fonds et défendait ainsi toutes les causes mais vivait en bourgeois avec des amis politiciens.
Une grande exaltation pourrait enflammer les rues, c'est ce que rapportent les mouchards de tout bord.
Le grand homme sera enterré au Panthéon, il faut surveiller le chemin pour y accéder, le préfet craint les débordements de ces funérailles historiques.
La croix de l’église Sainte Geneviève sera démontée, les républicains veulent en découdre avec l'église et l’Église voudrait tellement annoncer que le poète s'était réconcilié avec Dieu.
Dès le dimanche, la foule arrive de partout, une procession interminable et une nuit scandaleuse, c'est le respect mais la fête, les prostituées y feront leur plus beau chiffre.
Histoires de Marie Hélène Lafon
Je suis en train de lire Histoires de Marie Hélène Lafon
L'auteure est un peu Pénélope, jamais vraiment satisfaite de son travail, elle tisse, retisse son ouvrage jusqu'à en trouver le mot juste, la nouvelle porte de lecture, la nouvelle virgule, le nouveau personnage...
Elle nous avait expliqué cette quête lors de sa venue à la Bibliothèque de la communauté de communes du bassin d'Annonay. J'avais eu la chance -Merci Daniel- de déjeuner juste à ses côtés et bien sûr d'échanger plus facilement.
Je ne me lasse pas de lire et relire ses nouvelles qui donnent la parole aux taiseux et aux corps raides de la campagne.
Vendredi, une adaptation de son roman -l'Annonce passera sur Arte- Je vous recommande ce téléfilm.
JUSTE AVANT L’OUBLI d’Alice ZENITER PRIX RENAUDOT DES LYCEENS Alice ZENITER
Une île maudite, une atmosphère étrange qu'on oublie bien vite !
JUSTE AVANT L’OUBLI d’Alice ZENITER PRIX RENAUDOT DES LYCEENS
Alice ZENITER a réussi le tour de force de nous faire croire que « l’écrivain Galwin Donnell » avait réellement existé ! Elle a travaillé son récit et a tellement donné de références sur son œuvre !
Franck est infirmier par vocation, car dit-il cette profession se trouve bien plus au contact de la souffrance et des gens que celle des médecins.
Il se détend après ses journées de travail en regardant des dessins animés et des comédies romantiques.
Une vie simple qui lui convient. Il est amoureux d’Émilie depuis 8 ans.
Celle-ci prépare une thèse sur l’écrivain Galwin Donnell, elle est invitée à organiser sur l’île de Miralhay, une île des Hébrides, les journées internationales ayant comme thème l’œuvre de cet écrivain, auteur de romans policiers d’une grande cruauté.
Franck est malheureux, il voulait un enfant, et voici qu’Émilie s’éloigne ! Il va la rejoindre sur l’Île, mais celle-ci, trop occupée par toutes « ces têtes pensantes » ne lui accorde pas l’attention qu’il souhaiterait.
N’a-t-elle pas honte de lui puisqu’elle le présente comme un médecin ?
Humilié, malheureux, il va se rapprocher de Jock, le gardien taciturne et sauvage de cette île désertée depuis longtemps par ses habitants, n’hésitant pas à se saouler en sa compagnie, au cours de leurs pérégrinations autour de l’Île…
Jock se livre très peu, mais Franck a l’impression qu’il en sait beaucoup plus sur Galwin Donnell et sur sa fin mystérieuse, qu’il veut bien le dire.
Jock va lui faire un cadeau, mais Franck, ouvre lentement les yeux sur le désamour d'Émilie et se demande s’il aura le courage ou l’envie de partager son secret avec elle.
Aura-t-il finalement la générosité de laisser ses idées de vengeance de côté ?
On assiste dans ce petit livre à la mort douce, lente et inexorable d’un amour entre deux êtres qui n’ont pas eu assez de volonté pour le préserver, le faire grandir, et construire quelque chose de solide.
Trop éloignés l’un de l’autre dans leurs aspirations profondes, ils ont laissé les circonstances décider à leur place, ce séjour sur l’Île a signé la fin de leur aventure. Histoire simple, mêlée d’un peu de suspens et d’une légère intrigue policière, où l’on suit en parallèle la vie de Galwin Donnell, de Jock, de Franck et d’Émilie. On arrive au bout de l’histoire, tranquillement, presque sereinement, les choses y sont évidentes et logiques, et l’on se demande si, en fin de compte, ils n’ont pas été tous les quatre et chacun à leur manière, victimes de Miralhay.
D’APRES UNE HISTOIRE VRAIE – Delphine DE VIGAN
Marie de Vallières nous parle de : D’APRES UNE HISTOIRE VRAIE – Delphine DE VIGAN. PRIX RENAUDOT ET GONCOURT DES LYCEENS 2015
« L » rencontre Delphine alors que celle-ci est en pleine promotion pour son dernier livre. La -femme vampire- commence alors son jeu de séduction.
«L » avançait à pas de velours ». et se glisse peu à peu dans la vie quotidienne de Delphine, l’accompagne dans ses sorties, s’intéresse et l’interroge sur sa vie.
Delphine est en admiration devant cette femme parfaite, -coiffure-maquillage-vêtements-
« L » se rend indispensable, l’éloigne de ses amis, de sa famille, de ses enfants, de François son amant…
Puis en véritable caméléon elle devient une seconde Delphine.
Suivent les critiques, les conseils sur le sujet du prochain livre.
« L » disparaît pour la punir dès qu’elle ne se soumet pas à sa volonté…
Et ce qu’elle voulait arrive enfin, la panne de l’écrivain. Delphine disparaît peu à peu sous nos yeux, devient transparente, se met à douter de tout et de tout le monde.
Telle une toile d’araignée, l’emprise s’étend peu à peu sur elle.
« L » monte en puissance, devient violente, et la situation atteint son paroxysme lorsque Delphine se casse le pied.
Cet accident la met complètement à la merci de « L » et elle doit accepter de partir avec elle dans la maison de campagne de François.
Mais Delphine va avoir un sursaut d’énergie, faire parler « L », enregistrer leurs conversations le soir, seule dans sa chambre. « L » le découvre.
Qui va sortir victorieuse de cette histoire ?
Delphine DE VIGAN nous offre dans ce livre une magistrale démonstration de la destruction d’un être par un autre.
On assiste impuissant et horrifié à cette vampirisation, mais en même temps on éprouve de la fascination devant la maîtrise de cet être diabolique.
Du grand art. Sa façon d’effacer ses traces nous laisse pantois.
Delphine DE VIGAN est très forte puisque je me suis surprise à douter de tout. Histoire véridique, affabulation complète, savant mélange des deux ? On n’a toujours pas la réponse et c’est très bien ainsi. Un livre qui ne se lâche pas facilement quand on a commencé.
~~LA SEPTIEME FONCTION DU LANGAGE –Laurent BINET- Prix INTERALLIE 2015
LA SEPTIEME FONCTION DU LANGAGE –Laurent BINET- Prix INTERALLIE 2015
Un roman que j'ai bien eu du mal à lire.
Je dois être trop sérieuse et suis toujours étonnée même si c'est loufoque qu'on puisse dénigrer des personnages connus sans poursuite, cela viendra peut être.
Un grand débat sur ce roman
Clémentine Pépin s'est réjouie de cette lecture, elle nous donne sa version :
Le point de départ est la mort accidentelle de Roland Barthes. L’auteur imagine qu’il s’agit d’un assassinat politique destiné à récupérer un document qui contiendrait la 7ème fonction du langage.
Elle permettrait à celui qui la possède de prendre l’ascendant sur son interlocuteur et sur le monde.
Deux enquêteurs loufoques sont chargés de l’enquête, au cours de celle-ci on va croiser toute l’intelligentsia des années 80 : Ph. Sollers et Julia Kristeva, Althusser et son épouse, BHL, Foucault, Deleuze ainsi que des hommes politiques : J. Lang, Fabius, Mitterrand, Debray…
On est emporté dans un tourbillon d’actions rocambolesques, on navigue de St Germain des Prés, à Venise, Bologne, Ithaca.
L’auteur fait preuve d’une imagination délirante, c’est complètement déjanté, hilarant, inventif, intelligent, impertinent.
On s’amuse beaucoup devant les situations burlesques dans lesquelles il plonge ses personnages et notamment les joutes oratoires à l’issue invraisemblable.
Marie de Vallières nous donne la sienne :
Comment résumer un tel roman, foisonnant de rebondissements, de personnages, d’aventures, d’envolées littéraires et politiques ?
Quel décalage entre ces intellectuels, ces écrivains, ces philosophes, ces journalistes, Sartre, Beauvoir, Foucault, Mourousi, Debray, Moati, Attali, ces politiques, Mitterrand, Giscard, Fabius, Lang, Ornano, Badinter, et tant d’autres, rompus à toutes les finesses et à tous les compromis, et notre pauvre commissaire Bayard (le nom !!) qui prend tout au premier degré et essaie désespérément de comprendre qui a tué Barthes et pourquoi ?
Il va enquêter, en compagnie de Simon, jeune professeur réquisitionné pour l’aider à « décoder » les us et coutumes des milieux branchés, dans les milieux fermés de Paris, puis en Italie, dans un grand rassemblement de philosophes dont Umberto Ecco, qui s’affrontent dans des joutes oratoires, où le perdant à une phalange coupée, et même plus !..
Toujours à la poursuite d’un document qui contiendrait le secret de cette septième fonction du langage, nous suivons la piste Bulgare, sillonnant Paris à la suite de deux sinistres individus, moustachus, au parapluie tueur, et qui font irrésistiblement penser aux Dupont et Dupond de Tintin et Milou avant d' atterrir à Ithaca, petite ville d’Amérique.
On croisera aussi deux japonais en Fuego…
A partir d’un fait divers la mort de Barthes, renversé par une voiture le 25 février 1980, Laurent Binet crée une épopée grandiose, mélange de bande dessinée, de Da Vinci Code,
Un exercice jouissif et pleinement réussi.
La fin, surprenante à plus d’un titre est digne du reste du roman. Petite question : comment peut-on impliquer autant de personnages célèbres, encore vivants, en ne les montrant pas sous leur meilleur jour, loin s’en faut, et ne pas craindre les représailles judiciaires… ou autres, pour rester dans le style du roman ?
UN AMOUR IMPOSSIBLE de Christine ANGOT – Prix DECEMBRE 2015
C'est la première fois que je lis du Christine Angot auteure si décriée, pour certains, l' écriture est nulle et banale , ne possède pas de relief alors qu'elle se raconte au cœur d' événements graves Pline l'ancien trouve une belle couture entre les chapitres et personnellement que cela plaise ou non, j'ai aimé et ce roman m'a donné envie de lire les bouquins précédents. C'est un livre sérieux, sur une expérience entre deux mondes de cultures différentes avec une bonne analyse psychologique de ce pouvoir pris sur l'autre. On ne peut nier à l'auteure cette capacité à tricoter les relations humaines.
Marie de Vallières trouve le livre apaisé. est-ce une conclusion sur ce thème?
UN AMOUR IMPOSSIBLE de Christine ANGOT – Prix DECEMBRE 2015
Clémentine Pépin nous donne son ressenti :
A nouveau C ANGOT se raconte et raconte son enfance à travers l’histoire de ses parents Cet amour impossible est celui de sa mère Rachel secrétaire à la Sécurité Sociale pour son père Pierre traducteur à la base américaine de Châteauroux.
Intellectuel bourgeois, il refuse de l’épouser car elle n’appartient pas à son milieu, il se montre pervers, manipulateur, lâche mais Rachel est amoureuse et accepte tout, y compris d’avoir un enfant et de l’élever seule.
C. Angot déroule son enfance fusionnelle avec cette mère adulée qu’elle repoussera à l’adolescence, et avec qui elle aura un comportement très dur et méprisant lorsqu’elle rencontrera son père.
Beaucoup plus tard elle comprendra, reviendra vers sa mère et retrouvera sa complicité avec elle.
Elle dépeint avec sincérité, vérité son enfance entre sa mère, sa grand-mère, elle se raconte longuement et je trouve çà lassant et quelque peu inintéressant. Je ne suis pas une inconditionnelle de C Angot .
Interviewons Marie De Vallières
Pierre, de condition sociale bourgeoise vit une aventure avec Rachel, une jeune fille juive d' origine modeste. Il a l’air d’être amoureux, mais dès les premières rencontres prévient Rachel qu’il ne l’épousera jamais, elle n’est pas de son monde.
Ce personnage cynique et peu reluisant, qui passe son temps à lui mentir, à la rabaisser, à l’humilier, à lui reprocher jusqu’à sa façon de parler, sera pourtant le grand amour dont Rachel acceptera avoir un enfant, la petite Christine qui raconte l’histoire.
D’abandon en indifférence et en silence plus ou moins longs, Rachel provoquera la rupture, mais essaiera de construire un lien entre Christine et son père, obligeant celui-ci malgré ses réticences à la reconnaître à l’état civil bien des années plus tard.
Après une enfance protégée par l’amour de sa mère, Christine sera régulièrement violée pendant les week-ends et les vacances passées chez son père.
Elle reprochera pendant des années à sa mère de n’avoir pas deviné et de n’avoir pas su la protéger.
Le choc de la découverte provoquera l’écroulement de la nouvelle vie que Rachel avait essayé de rebâtir, la perte de ses certitudes et de ses repères, et, blessure inguérissable, l’amour de sa fille. Quand à son tour Christine aura construit sa vie, et sera devenue elle aussi une femme et une mère, pourra-t-elle pardonner, et les deux femmes pourront-elles se rapprocher et retrouver l’intimité et la confiance qui avaient été si fortes auparavant ?
Ce livre apaisé de Christine ANGOT sur son enfance m’a donné envie de lire ses autres ouvrages, pour voir l’évolution du regard qu’elle porte maintenant sur ses événements traumatisants.
L’écriture est limpide, les mots sont crus et vrais, j’ai été gênée par la description des relations de son père et de sa mère, difficile pour moi qu’un enfant puisse imaginer et mettre en scène ces situations.
Par contre, je me suis régalée avec les pages où elle évoque l’amour qui l’a liée à sa mère pendant toute son enfance. Dans ses précédents livres, on avait connu une Christine ANGOT scandaleuse et agaçante, on découvre enfin son vrai talent d’écrivain.