Une longue impatience de Gaëlle Josse
Une longue impatience Gaëlle Josse
Un roman subtil
Anne Quemeneur, est veuve, son mari marin dont le chalutier a été bombardé n 'est jamais revenu.
Le pharmacien, secrètement amoureux depuis l'enfance de cette sauvageonne, tente de la séduire, ils se marient, le couple a deux enfants mais Louis, fils du premier lit a toujours des soucis avec le beau père.
Ce beau père tient à sa réputation, et le fils d'un autre ne fait pas bon genre dans ce milieu bourgeois, il corrige régulièrement son beau fils jusqu'au jour où Louis devenu adolescent ne se laisse plus faire et bloque son beau père contre le mur, le fils part et ne rentre plus.
Anne apprend que Louis s'est engagé, elle va attendre son retour à la pointe de l’île et écrit à son fils.
Anne vit la complexité de cette famille recomposée avec pudeur, elle joue avec fierté le rôle de mère pour ses deux autres enfants et d'épouse bourgeoise du pharmacien du village mais elle n'est qu'une coquille vide .

TROIS FILLES EN COLÈRE – Isabelle PANDAZOPOULOS
Dernier roman en lice pour le Prix Chronos et le lycée Marc Seguin Annonay
TROIS FILLES EN COLERE – Isabelle PANDAZOPOULOS
Nous sommes à la veille des événements de mai 68…
Un échange épistolaire entre 3 jeunes filles adolescentes.
Nous assistons aux bouleversements de leur vie intime et de la société, que ce soit à BERLIN pour Magda, à PARIS pour Suzanne, ou en GRECE puis en FRANCE pour Cléoména.
Chacune vit les retombées du passé familial, avec les événements qui ont secoué l’Europe avec la seconde guerre mondiale et la construction du mur de BERLIN, ou l’installation de la dictature des colonels en GRECE.
Ce qu’elles ont en commun : la volonté farouche de vivre et d’être libres, avec chacune un rêve à réaliser.
Madga attend désespérément que sa famille puisse la rejoindre elle et son père à BERLIN-OUEST, mais quand cela arrive enfin, elle se rend compte que tout n’est pas résolu, et que les non-dits prennent la place de l’absence physique.
A PARIS Suzanne mène le même combat auprès de sa famille, bourgeoise, aisée, où les questions sans réponse sont son lot quotidien. Elle se perd alors momentanément dans les fêtes et l’alcool…
Cléoména cherche désespérément son frère et sa mère prisonniers de la dictature dans une île quelconque, sans même savoir s’ils sont encore vivants….
Mai 68 va bouleverser durablement leur vision du monde, révolte ou apaisement, explosion des blocages, décision d’un chemin de vie, mais malgré leur apparente fragilité et leur mise en danger volontaire, on n’a pas peur pour elles, elles sont devenues tellement fortes.
L’auteur nous plonge au plus intime de la vie de ces jeunes filles, - quoi de plus intime que des lettres- on est avec elles dans leurs pensées leurs rêves.

Mythomamie de Gwladys Constant
Et toujours pour le prix Chronos un délicieux petit livre pour adolescents
MYTHOMAMIE – Gwladys CONSTANT
Alphonsine a 16 ans, et vient d'abandonner le système scolaire qui la « gonfle »
Malgré les pleurs de sa mère, les remontrances de sa tante Violette qui essaie de lui faire comprendre à l’aide de quelques claques bien appliquées qu’elle doit absolument retourner à l’école, elle tient bon et campe sur ses positions.
La tante Violette a plus d’un tour dans son sac, elle l'envoie travailler auprès des personnes âgées les plus désagréables dont elle s’occupe dans sa petite entreprise d’aide à la personne, elle se dit qu'au bout de quelques jours, Alphonsine sera tellement dégoûtée qu'elle reprendra le chemin des études.
Alphonsine débarque chez Honorine, une vieille dame acariâtre, style Tatie Danielle, mais la naïveté de l’une et la roublardise réjouissante de l’autre vont créer une alchimie magique qui va perdurer tout au long de leur relation.
Au fil des jours Mamie Honorine fait découvrir à Alphonsine, devenue Daphné, la vie, l’amour de la vie et l'émerveillement de chaque acte.
On peut parler d’amitié, ou de lien filial, au cours de ces quelques mois, Honorine va donner simplement, par l’exemple et la parole, et l’art de faire réfléchir, un véritable trousseau de clés pour construire une vie.
Alphonsine-Daphné est douée, elle va réussir à remettre de l’ordre dans sa vie et celle de sa mère, et se choisir un avenir rempli de promesses.
Honorine lui a ouvert des portes, juste avant de refermer la grande porte de sa vie derrière elle. C‘est le seul chagrin qu’elle infligera à Alphonsine.

En route pour le Prix Grenette 2019
En recherche pour le Prix Grenette, j en ai commandé d autres, tout sera prêt pour le 1er avril , je pense avoir trouvé des petites perles.

Quand je serai grande, je serai vieille Diane Peylin
Quand je serai grande, je serai vieille de Diane Peylin
Diane dit- Je- parce que c'est son histoire.
Jeune accouchée, elle a tout pour être heureuse, un petit garçon Diego en bonne santé à qui il ne manque rien du tout, c'est la -Hantise des mamans-
Une famille aimante, un mari aux petits soins, tout sourit à la jeune femme dynamique jusqu'à un message sur le répondeur, un message d'apocalypse.
C'est la minute de la bascule, celle qu'on n'oublie jamais, il y a l'avant et l'après du crabe à éliminer, cet après où longtemps encore, lorsque le crabe sera mort, il faudra éliminer celui de l'esprit .
Intensément émue parce qu'enceinte et à 22 ans, je vivais la même chose.
Pas facile de mettre en mots cette longue nuit, il faut en vivre chaque minute pour mesure la justesse des mots de Diane.
Diane prévient ses proches ou peut-être toutes les personnes travaillant dans les hôpitaux :
-Quand je serai vieille, je ne veux pas dormir dans des draps d’hôpital … je veux de la jolie vaisselle comme à la maison...

La grande roue Diane Peylin
Quatre personnages qui à priori n'ont aucun lien entre eux : s'agit-il de quatre nouvelles différentes ?
Une construction surprenante et brillante de ce roman dont les personnages nous tiennent en haleine à tour de rôle.
-Tess femme hagarde qui a froid et peur dans les rues d'une ville, la robe arrachée et le manteau noir tachés de sang.
-Emma nous en livre un peu plus sur elle, jeune fille transparente pour ses parents, elle rencontre Marc au pied de la grande roue. un être mystérieux qui la regarde et pour qui elle deviendra une jolie poupée, leur amour est intense et brûlant.
-Nathan est convoqué régulièrement par le commissaire Field.
-David affronte la neige pour rejoindre un mystérieux village de montagne, jeune homme frêle qui va se confronter au travail d' hommes robustes .
Ces quatre personnages empruntent ce labyrinthe de chapitres assez courts pour nous emporter dans l'émotion qui va crescendo et nous révèle la véritable image de la perversion narcissique.
Je n 'en dirai pas plus, à vous de le lire. Il fait partie de la sélection Cézam.

Et toujours dans le cadre du Prix Chronos Marche à l'étoile d'Hélène Montardre
MARCHE A L’ETOILE – Hélène MONTARDRE
Un bien beau livre avec ce sujet déjà abordé de la fuite d'un esclave qui s'échappe de la case où il est pourtant né.
Billy est un jeune esclave de 15 ans, il est seul dans une plantation d'East Mill en Géorgie, son père vient d'être assassiné par le maître tout puissant.
La vieille dame qui a veillé sur lui à la mort de sa mère n'est pas sa grand mère, elle lui révèle avant de s'éteindre la vérité sur son naissance, -Il est l'enfant de l'amour.
Une course poursuite entre le jeune Billy de 15 ans et le chasseur d'esclaves .
Il a été élevé par sa grand-mère, qui n’est pas sa grand-mère, et qui lui fait un récit assez troublant des circonstances de sa naissance, en lui remettant une boucle d’oreilles en or, avec une pierre verte en forme d’étoile.
Il l’a sur lui quand il est appelé dans la maison de son maître, et fasciné par la beauté des pièces, il avance là où il n’aurait jamais dû aller, il sort de sa poche sa boucle d’oreille, car il pense que celle-ci est faite pour aller avec toute ce luxe raffiné.
Il la laisse échapper juste au moment où le maître arrive, on le prend pour un voleur, horrifié par ce qui l'attend, il s’évade.
Commence alors un voyage à pied à travers les Etats Unis, où il pense cent fois perdre la vie et être rattrapé par les chasseurs d’esclaves.
Son acharnement va le guider jusqu’au bout de son voyage, en suivant cette étoile du nord, dont le vieux Sam lui a parlé.
Billy sera aidé par un réseau : les Quakers, des protestants opposés à l'esclavage qui ont mis en place l'underground railroad (chemin de fer souterrain) vers le Canada qui a aboli l'esclavage.
Et 150 ans plus tard, Jasper, son arrière-arrière petit fils afro américain, lira le récit, et poussé par une force incontrôlable, écrira la fin de l’histoire.
J’ai aimé cette longue quête de liberté au milieu d’une nature magnifique, cruelle et généreuse sur un fond historique bien étudié des mécanismes de l’esclavagisme.
La fin est un peu trop « romanesque » à mon goût, le puzzle se reconstruit vite et s’arrange trop bien.
Cela n’enlève rien au rythme de cette histoire passionnante qu’on lit avec plaisir et où le fil conducteur de la vie reste la liberté ou la mort.

La vallée du lotus rose Kate Mc Alistair
Mon plus gros coup de cœur littéraire depuis – Le bûcher sous la neige-présenté ce samedi 9 mars à la Bibliothèque communautaire Annonay Rhône Agglo.
De l'art, du très grand art !
680 pages de bonheur, un foisonnement de détails dont je me suis délectée.
La romancière signe avec la vallée du lotus rose un livre surprenant, poétique et romanesque.
Romantique mais pas eau de roses, un roman plaisir construit comme un polar avec de fausses pistes et j'avoue au milieu du roman, à la suite d' une grande épreuve, être allée me rassurer en lisant les dernières pages.
Certains événement sont traumatisants.
J'ai pris une carte pour découvrir la route empruntée par le paquebot Albatros, le regard est aiguisé tant sur les conditions du voyage que sur le débarquement des moutons. Tout est vivant. Le voyage de l'Angleterre jusqu'en Inde est déjà à lui seul un merveilleux roman.
-Je suis dans ce bateau et je vois cette lande de terre difficile d'accès, il faut changer de bateau, je débarque à Calcutta,, mon cœur tremble. La population se rebelle contre les colonialistes anglais, un jeune indien sauve Jezebel.-
Par quel sortilège, l'auteure m'a-t-elle entraînée des montagnes vertigineuses autour de Darjeeling aux palétuviers de la mangrove des Sundarbans, j'ai tremblé dans les bras et les canaux du delta du Gange qui descendent vers le golfe du Bengale. J'ai goûté le miel sauvage, je suis trempée par la mousson, je vois les explosions de fleurs. Je les sens mais j'ai peur pour la frêle Jezebel.
Une précision d'orfèvre me fait découvrir les crocodiles serpents, les poissons daims, les crabes et les fourmis rouges.
Les personnages sont débordants de beauté mais ont un caractère trempé pour vivre une telle aventure dont je ne vous dirai pas grand chose.
-Jezebel, une très jeune orpheline anglaise fiancée au baron Von Rosenheim un beau personnage toujours impeccable vestimentairement. Jezebel et son parrain tuteur vont vivre dans la belle demeure de cet homme d'affaires.
-Jan Lukas, un séduisant américain aventurier qui profite de la vie.
-Olga la russe tempétueuse qui coud de la fourrure sur ses robes d'été.
-Le si beau prince Charu, fils du maharadja.
Rien ne manque, ni l'émotion, ni l'Histoire, ni l'actualité internationale.
L'écriture est belle, le vocabulaire précis, la romancière m'a offert un voyage culturel, géographique, botanique, scientifique...
La romancière était-elle exploratrice dans une autre vie ?
En tous cas, ma curiosité pour ce pays a été éveillée, quelle richesse, quelle culture.
Tout est vivant, vibrant, odorant, foisonnant, riche, concis et j'ai des étoiles plein les yeux après cette lecture que j'ai quittée à regret.
Il s'est créé une intimité entre Jezebel et moi qui deviens plus qu'une lectrice.
Je l'aime cette jeune fille et j'ai envie de l'aider. Elle vivra longtemps en moi.
Heureusement, j'ai lu que ce volume était le premier d'une saga dans laquelle je la retrouverai.
