Les simples Yannick Grannec
LES SIMPLES –Yannick GRANNEC
L’abbaye Notre-Dame-du-Loup abrite une communauté de religieuses, en Provence, dans les années 1580, la vie des moniales y est rythmée par les heures de prière.
Comme sans doute dans toutes les communautés, on devine piété, sérénité et petites querelles.
Marie Vérane, une maîtresse femme, abbesse des bénédictines, dirige cette communauté d’une main de fer néanmoins bienveillante.
Fait rare à cette époque, les religieuses bénéficient d’une grande indépendance, due à la faveur du Roi François Premier, et aussi à la connaissance des plantes de Sœur Clémence, et sa capacité à faire certaines préparations dont la réputation dépasse les frontières de la région.
Comme toujours prospérité et indépendance suscitent jalousie, envie, et complot.
Dans leur sillage, le nouvel évêque de Vence, toujours ruiné et en quête de nouveaux profits, lorgne sur les revenus de cette communauté… Il faut absolument qu’un scandale éclate pour qu’il récupère la direction de cette abbaye, sous l’éternel prétexte que les femmes, consacrées ou pas, doivent obéissance aux hommes…
Il va bénéficier de la jalousie de la Prieure Marie-Angèle de l’Incarnation, qui estime que la place de mère abbesse lui revient, pour mettre le couvent en révolution.
Hélas il va être dépassé par ses manœuvres, et ce qui paraissait être une communauté solide va voler en éclats, le diable serait-il parmi elles ?
Superstitions, révoltes, instincts primaires, jalousies, vengeances, rien ne pourra plus être arrêté, toutes les barrières sautent, révélant le visage de chacune, ange ou démon…
Et c’est là que je n’adhère plus. Je trouve que l’auteure s’est vautrée dans cette terrible et destructrice bacchanale, cette chasse aux sorcières, réveillant mon incrédulité. J’ai eu l’impression d’assister à une caricature de ces villages entiers possédés du démon, où les sorcières abondaient et où la seule solution s’avérait de tout brûler, êtres humains et choses matérielles, pour faire place nette.
Je trouve qu’il y a une vraie cassure entre les deux parties du livre. J’attendais une suite et une fin, même celle imaginée par l’auteur, avec la même finesse d’écriture, la subtilité et la compréhension des événements, dont l'auteure faisait preuve au début de son récit.
On était si bien en compagnie de Sœur Clémence et de Fleur, à la cueillette des simples, dans le silence habité de la nature et le son des cloches.
A lire pour le merveilleux rendu de l’atmosphère de cette époque, les règles, rites et coutumes qui composaient la vie de ces communautés religieuses, et la vie en général. Il y a une belle leçon historique dans ces pages .

Le petit fils Nickolas Butler
LE PETIT-FILS de Nickolas BUTLER
Isaac est le petit-fils bien aimé de Lyle et Peg, un cadeau de la vie qu’ils n’espéraient plus, après la perte de leur fils Peter à l’âge de 9 mois, et des espoirs de maternité sans cesse déçus.
C’est leur fille adoptive, Shiloh, qui leur apporte ce petit miracle. Après quelques années pendant lesquelles ils n’ont plus eu de ses nouvelles, elle est revenue vivre chez eux, en attendant de trouver du travail.
Alors matin après matin, la présence lumineuse de ce petit garçon, plein de vie et de curiosité, éclaire la vie de retraité de son papy et de ses vieux amis, qui lui apprennent tout ce qu’ils auraient aimé faire connaître à Peter… Ce paradis qui ne demandait qu’à exister éternellement…
Mais tout se fracasse quand Shiloh se rapproche d’une « église » inquiétante Coulee Lands, et de son pasteur. Elle change sous les yeux tristes de ses parents qui essaient de toutes leurs forces de garder une certaine proximité avec elle. Mais, elle trouve un logement et emmène Isaac avec elle. L' amour des grands parents ira jusqu’à fréquenter eux-mêmes cette église, tout en restant sceptiques sur sa légitimité. Un pas est encore franchi lorsque Steven le pasteur, découvre des qualités de guérisseur chez Isaac…
Alors Lyle et Peg ne se posent plus de questions et vont tout mettre en œuvre pour le sauver.
Bien que ce livre aborde le sujet dramatique des sectes, grâce à l’amour inconditionnel de Lyle pour son petit fils, pour son petit coin du Wisconsin, pour les beautés de la nature, on est charmés et emportés par la poésie et l’humanité qui se dégagent de ce récit. Il y a tellement d’amour et de simplicité dans la vie de ses personnages vieillissants qui ne baissent pas les bras.
Une leçon de vie et de courage distillée au fil des pages qui se dégustent comme une friandise au goût reconnu, celui de notre vie.

Colliers de nouilles Martine Magnin
Whaou, le livre coup de poing, pas facile à résumer. Habituellement, je parle du style, des personnages, de l'histoire. Dans ce livre, beaucoup de personnages, des mamans et leurs enfants.
J'ai découvert l'écriture passionnante, captivante, de Martine Magnin sur le cheminement intime entre mamans et progéniture.
Seul un papa est présent, il faudra peut être les faire accoucher un jour.
Des nouvelles très bien écrites ! Que nenni ! Des portraits miroir entre la mère et l'enfant, très dérangeants parfois. Ne dit-on pas que nous sommes tous malades de notre enfance ?
Une écriture sans jugement, juste des faits, de l'humour même parfois.
Alors comment faire ?
Pas de formation pour être mère, pas de formation pour être enfant non plus.
J'ai la ferme conviction que le roman -Colliers de nouilles- devrait être mis à la portée des enfants dès le collège (Magnitude 6 pouvant heurter la sensibilité du lecteur) afin d'éviter certains chocs destructeurs. Il faut apprendre aux futures mamans dès le plus jeune âge à se faire confiance et aux enfants à lever les chapes de silence, à mieux communiquer et se faire aider en cas de blessures.
Malgré le lien physiologique entre une maman et ses enfants, leurs chemins parallèles de vie se situent sur une crête étroite avec leurs erreurs, leurs faiblesses, leurs émotions, leur vécu, leur environnement...
Autant de mamans, autant de réactions différentes, autant d'enfants, autant de réponses dissemblables.
Des épisodes de réflexion, où chacun, chacune, se retrouve un peu, beaucoup. Des exemples qui nous aident à prendre du recul.
De la maman amère qui doit se protéger de toute invasion à la maman qui veut un bébé parfait. La vie n'est pas aussi lisse qu'on le voudrait …
Autant de façons d'être maman que de modèles de femmes, de celle qui se croit parfaite, à celle qui culpabilise.
Grattons sous le vernis de la mère idéale, organisée, la mère modèle dont je suis très éloignée, celle des livres, j'ai essayé pourtant de m'en approcher…
Une écriture très fluide avec cet effet miroir et les conséquences de faits qui font réfléchir et en appellent à la responsabilité, je crois qu'il est impossible de lire ce livre sans songer à notre mère ou à celle que nous avons été ou que nous serons.
Pourquoi, une mère rouge qui sent, qui sait mais qui ne veut pas voir car la vérité est au delà de ses forces. (Blessures de l'existence ? Arrangements avec sa conscience?) Que de questionnements sur nos limites, nos dénis, nos fragilités.
De la jeune maman qui croit avoir le même âge que sa fille à la mère inconséquente qui ne peut mesurer le mal qu'elle peut faire...
Quel déphasage entre ce qu'une mère croit juste pour ses enfants et le ressenti de ces derniers.
Je me suis retrouvée un peu dans toutes. Certains processus n'ont rien de dramatique sauf s'ils sont amplifiés ou répétés et deviennent alors de la maltraitance.
Rien n'est jamais tout à fait perdu et quelque soit l'âge, il est bon de communiquer et réfléchir à certaines alternatives.
On attend tellement des mères, du cordon ombilical qu'il faudra songer à couper et examiner les relations, pères-enfants.
UN bon livre à étudier.

La nuit appartient au tigre Michel Honaker
LA NUIT APPARTIENT AU TIGRE- Michel HONAKER
Les livres qui racontent de belles histoires n’ont pas d’âge…C’est pourquoi je veux vous partager celle-ci.
Son auteur l'a écrite en 2011, il nous transporte en Inde, où arrive Derek Ardo, jeune militaire au lourd passé, qui souhaite l'oublier en devenant documentaliste.
Envoyé par une fondation Suisse, il est chargé d’animer le nouveau centre culturel de ce petit village, partagé entre coutumes ancestrales et début de civilisation, avec l’inévitable défrichage de la forêt pour constructions pavillonnaires.
Le centre culturel est d’ailleurs construit en lisière de cette forêt.
Dès son arrivée il est confronté aux drames qui viennent d’avoir lieu. Un tigre mangeur d’hommes rôde autour du village où la peur s’installe.
Dans la cour de ce Centre culturel reste un dernier vestige de l’ancienne forêt, un immense palétuvier sous lequel venait se coucher le roi tigre. Tout au moins c’est ce que raconte le vieil indien, Monsieur Singh, qui tient une sorte de food-truck à l’indienne. Il a donc pris sa place.
Derek va aussi découvrir l’amour d’une femme et la tendresse pour une petite fille, première lectrice à pousser la porte de sa « bibliothèque »…
Ces élans de vie vont lui donner la force de transformer la lutte des hommes du village en duel à mort entre lui et le roi-tigre. Ils ont en commun la haine et la fascination pour l’autre … Qui gagnera ?
Livre court et intense, nous restons suspendus à la peur générée par ce fauve, à l’angoisse de la nuit et de la traque.
Privilège suprême, nous faisons des incursions dans les pensées du fauve. Oserons-nous dire que nous comprenons sa colère contre les hommes et sa soif de vengeance ?

Avant la longue flamme rouge Guillaume Sire
Prix orange 2020
Guillaume Sire est écrivain et enseignant à l’université Toulouse Capitole. Il a publié trois romans : Les Confessions d’un funambule (La Table ronde, 2007), Où la lumière s’effondre (Plon, 2016) et Réelle (L’Observatoire, 2018).
L’histoire se situe au Cambodge en 1971 et narre l’histoire de Saravouth, onze ans. Sa petite sœur Dara en a neuf. Leur mère enseigne la littérature au lycée français. Leur père travaille à la chambre d'agriculture. Dans Phnom Penh assiégée, le garçon s'est construit un pays imaginaire : le « Royaume Intérieur ».
Mais un jour, la guerre frappe à sa porte. Les fondations du Royaume vacillent. Séparé de ses parents et de sa sœur, réfugié dans la forêt sur les rives du Tonlé Sap, Saravouth devra survivre dans un pays en plein chaos, animé par une volonté farouche de retrouver sa famille.

Profanation Jussi Adler-Olsen
Quelle intensité, que lire après tant de tremblements, de frissons et de peur pour cette pauvre Kimmie, la mal-aimée?
Un roman -Coups de Poing- comme aimait les donner Kimmie
Elle fait partie des membres de sa bande d'amis du pensionnat, la seule fille et pas la dernière pour participer au mal.
Elle était même la plus déterminée à éliminer ses proies.
Kristian le meneur avait repéré ce point G turpide.
Il y avait Ditlev Pram, Torsten Florin , Ulrik et Bjarne et Elle.
J'ai vibré et eu peur pour cette équipe de choc que forment Carl Morek et son assistant syrien Assad. Ils ont décidé contre vents et marées, avec l'aide précieuse de Rose, de rouvrir un dossier clos. L'assassin est pourtant en prison.

Nos espérances Anna Hope
Nos espérances Anna HOPE
Histoire d’amitié entre 3 femmes : Hannah, Cate et Lissa.
Hannah et Cate se connaissent depuis l’enfance, Lissa les a rencontrées à la fac
En 2004 quand débute le récit, elles vivent ensemble dans une maison victorienne en bordure d’un parc à Londres.
Elles sont jeunes, ont la vie devant elles, un avenir plein d’espoirs. On les retrouve à 35 ans avec des parcours de vie très différents
Hannah mariée à Nathan maître de conférence, est directrice d’une ONG. Elle est obsédée par le désir d’enfant qu’elle n’arrive pas à réaliser malgré de nombreuses tentatives de FIV, ce qui finira par détruire son couple.
Cate est mariée avec Sam, chef cuisinier, elle vient d’avoir un fils mais elle est complètement dépassée par son rôle de mère, en plein désarroi et questionnements.
Lissa est célibataire élevée par sa mère dans un milieu de femmes féministes. Sa carrière d’actrice piétine, elle enchaîne les castings et les pubs pour vivre, elle finira par décrocher un rôle dans une pièce de théâtre Oncle Vania
Elles sont toutes les trois insatisfaites de leur vie, chacune enviant la situation de l’autre.
Le récit alterne allers et retours dans le passé de leur jeunesse et le moment présent . On retrouve alternativement chaque héroïne dans son individualité.
Leur amitié connaîtra des hauts et des bas, alternant séparations, trahisons et réconciliations mais elle conservera toute sa force au fil des années. Elles seront toujours heureuses de se retrouver quels que soient les aléas de leur vie.
Très beau récit, j’ai beaucoup aimé ces personnages de femmes si différentes mais très attachantes qui nous dépeignent toutes les facettes de l’amitié.
