Retour à Belfast Michael Magee Irlande
RETOUR À BELFAST – Michael MAGEE – Irlande
Une fresque sociétale démoralisante, mais un portrait lucide d'un réalisme effrayant dans cette Irlande du Nord qui n'arrive pas à dépasser son passé et offrir du travail et de l'espoir à ses jeunes.
Peut-on échapper à l’endroit où on grandit, où se sont forgées nos jeunes années, avec l’entourage, la famille, les habitudes, la pression sociale ?
Rien n’est terminé entre les populations. Haine, rancune, peur, idées de vengeance, le feu couve sous les cendres encore chaudes… La guerre reste latente entre catholiques et protestants.
Sean a grandi dans un milieu catholique modeste, il a essayé de s’en sortir, en allant étudier à l’université, mais de retour dans sa ville, il est repris par les habitudes de sa bande de copains, drogue, beuveries, chômage, masculinité exacerbée, échecs successifs dans la recherche et impossibilité de garder un petit boulot par manque de régularité. On dirait même que les copains se font une joie de faire échouer celui qui avait une chance de s’en sortir.
Sean n’échappe pas à la règle, nuits blanches, défonce, loyers impayés, expulsion, retour chez sa mère qui souffre des reins, mais ne peut renoncer à son travail de femme de ménage.
Un soir, une bagarre tourne mal… Sean évite la prison, mais se retrouve avec une amende et des heures de travaux d’intérêt général.
Il y a le frère Anthony forcé par le deuxième mari de la mère à des rapports sexuels. Les existences paraissent trop douloureuses pour rebondir.
Pourtant Sean aimerait revoir Aoife, sa demi-sœur qui est partie à la campagne avec son père, pas inquiété.
On suit le chemin de Sean avec l’espoir qu' il va enfin se construire un avenir, peut-être partir en Australie comme l'a fait son amie Mairéad.
L’auteur a su admirablement nous conduire sur les chemins de l’espoir et du désespoir que suit toute une jeunesse en déshérence, et nous décrire une Irlande qui souffre et n’arrive pas à guérir.
L'espoir est que ce jeune auteur va se servir de ses mots, de sa poésie pour s'en sortir.
Roman noir, désespérant et tellement réaliste.
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D'une rive à l'autre dima Abdallah Liban Editions Wespieser
D’UNE RIVE L’AUTRE – Dima ABDALLAH –LIBAN.
Dans ce roman, on pénètre dans une cité avec ses intérieurs de pauvreté et la maigre possibilité de s'enrichir pour être juste, un peu mieux.
Je, le narrateur a une mère dépressive, elle est bretonne, blonde aux yeux bleus et boîte, pourtant, elle ne cesse de parler du pays ! Lequel ? Celui du père, absent comme beaucoup d'autres, ayant fui leurs responsabilités ou disparu pendant la guerre ?
Quand elle va bien, elle se lave, se coiffe et cuisine les plats de là-bas.
Je, est amoureux de Layla, son amie d'enfance, il fume des joints avec Elias qui veut être boulanger.
On ne parle pas de ce père, mais c'est son ombre qui a mis la mauvaise graine de révolte, de colère dans le cœur de ce gamin intelligent. Heureusement, un monde de mots habite sa tête.
Seuls moments de douceur et d’apaisement, les heures passées avec Elias, qui souffre d’être gros, mais qui parvient à transformer sa souffrance dans la danse, la musique et l’humour.
Mais les enfants grandissent, peu à peu, Elias se laisse embarquer par les prêches islamistes, il devient livreur de drogues dures pour aider sa mère qui a perdu son travail, Layla, l'amie d'enfance voit sa liberté restreinte par un grand frère surveillant sa vertu.
Le jeune garçon est éperdument amoureux de Layla, et le sera toute sa vie. Depuis toujours lui qu’on surnomme -le Muet- déborde de mots. Il lit les dictionnaires, décortique les définitions, et remplit ses carnets de poèmes, mettant dans l’écriture tout ce qu’il ne dit pas. Il est bon élève, mais se cache pour ne pas donner prise aux moqueries, et même plus, des jeunes du quartier.
Bien qu’il s’en défende, lui aussi recherche la figure paternelle, et part sur un coup de tête à Beyrouth. Il y sera accueilli par une femme admirable Madame Hind, il ne se sent pas mieux là-bas.
Il rentre en France, et son existence devient une errance entre ces pays, dans ses amitiés, dans son avenir, son amour pour Layla, une quête d'identité entre les deux bords de la Méditerranée, entre deux cultures, un mal être qui fait partie intégrante de sa vie… Seuls ses carnets de poésie arriveront à lui maintenir un temps la tête hors de l’eau.
Destin fracassé, biaisé, toujours en marge, malade de son hérédité, un crabe le dévore et finira par casser le peu d’amour de sa vie. Après une période de vie avec Layla au camping de la vallée de l'Ibie, il y a le geste de trop et Layla part.
L’auteur nous fait vivre la déshérence de ceux qui ne sont de nulle part et que la vie dépouille du peu qu’ils avaient pour se construire.
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Là où nous avons existé Lina Nordquist Suède, Editions Buchet Chastel
Là où nous avons existé Lina NORDQUIST
SUÈDE
Nous sommes en 2024. Le vieil Eder Kempe vit dans une maison de retraite. On dirait qu’il perd un peu la tête, pourtant ses souvenirs sont intacts.
Il se revoit à Brynas en 1935, il fait très froid. Eder et son frère Tom ont faim. Leur père est mort, écrasé par un échafaudage et leur mère a perdu son travail, elle doit se prostituer et pour tenir s'adonne à la boisson.
Les enfants sont enfermés dans le placard, lorsque leur mère reçoit « de la visite ». Ils ont enfin à manger.
Mais il y a les coups et la maman fatigue, ces quelques sous ne suffisent plus, ils sont expulsés.
Ils vont de chambre en chambre jusqu'à ce qu'un homme violent secoue Tom, Eder décide de partir, il parvient à convaincre sa mère qui vole l'argent de l'homme brutal. Ils vont retrouver le grand-père Heimer, qui réside dans le Nord, vers les forêts enneigées de Halsingland.
Le grand-père accueille à bras ouverts sa petite fille Bénédikte et ses deux arrière-petits-enfants. Pour eux, ce sera une période merveilleuse, auprès du grand-père aimant et protecteur, il leur apprendra tant de choses, malgré la dépression dans laquelle sombre leur mère.
Qui est Nancy de Torsäker ? Pourquoi une telle haine envers Bénédikte ? Cette voisine occupe la grande ferme voisine, avec son fils Jon, son petit fils Lennart ? Petit Lennart aide-grand-père.
Un lourd secret de famille a empoisonné la vie de plusieurs générations dans les deux familles, il guide encore aujourd'hui leurs décisions.
La mort du grand-père ramènera une nouvelle période de pauvreté, avec les mêmes conséquences pour Bénédikte, la boisson et les hommes, et surtout un Harry qui s’installera à demeure pour faire de leur vie un nouvel enfer. Eder grandit, arrive néanmoins à faire des études, nous sommes en 1952 et il commence des études de chimiste, mais les drames survenus depuis sa plus tendre enfance en ont fait un garçon fragile, timide, n’ayant aucune confiance en lui, avec une énorme culpabilité et de grosses failles. Il ne pense pas avoir droit au bonheur, même quand Gry, une amie d’amis tombe amoureuse de lui et lui d’elle, mais il s’interdira d’y croire pendant des années. On va ainsi suivre Eder sur deux périodes de sa vie, les années 1935 à 1938, et celles autour de 1952.
Peu à peu nous sera dévoilé le secret de famille qui a empêché tous ces gens de vivre une vie normale, oscillant sans cesse entre drames et petits bonheurs.
Les bûcherons coupaient du bois et ont été tués. Janna a empêché grand-père d'y retourner, c'est à cette période que Viggo le mari de Nansy a disparu. Heimer est allé travailler aux champs et à l'étable.
Un roman foisonnant de secrets, l’auteur prend le temps, de construire l’histoire d'une enfance difficile pour Eder et Tom, mêlant toutefois des évocations magiques de la nature, des animaux, des saisons, et de petits éclats de bonheur, jusque dans la préparation de la nourriture simple, mais délicieuse, parce que précieuse.
Une écriture fluide et une intrigue bien construite.
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Tant que les citronniers fleuriront, il y aura de l'espoir Zoulfa Katouh Syrie
TANT QUE LES CITRONNIERS FLEURIRONT, il y aura de l'espoir.
Zoulfa KATOUH -SYRIE
En Syrie, dans le contexte du Printemps arabe, des manifestations pacifiques ont lieu en faveur de la démocratie contre le régime dirigé par le président Bachar-El-Assad.
Salama a 18 ans, elle vient de terminer sa première année de pharmacie, elle vit heureuse avec ses parents Baba et Mama, et son frère Hamza, dans son quartier de la ville de Homs.
Mais le malheur la frappe durement. Baba et Hamza sont enlevés au cours d’une manifestation soutenue par l’Armée Libre Syrienne. Mama meurt dans un bombardement. La voilà seule, réfugiée dans un immeuble à moitié détruit avec sa belle-sœur Layla, enceinte.
Sa vie va se partager entre l’hôpital et sa belle-sœur.
Dans son bénévolat à l’hôpital, elle se dévoue corps et âme et même au-delà, jusqu’au bout de ses forces, auprès du Docteur Ziad et des malades, elle va apprendre à soigner et même à opérer. Comment faire lorsqu’il n’y a plus personne ?
Mais qui est ce Khawf avec qui elle discute, depuis son choc à la tête lors du bombardement où Mama a trouvé la mort. Cette voix souhaite qu’elle prenne la fuite, et mette Layla à l'abri.
Subconscient ou hallucinations ? Est-il le seul personnage enfanté par son esprit pour se protéger de l’horreur ? Cela permet d'entrer dans les états d'âme de Salama, ses peurs, ses envies, ses tourments, ses arrachements.
À force de harcèlement, et pour protéger sa belle-sœur, Salama construit peu à peu son départ, partagée entre le remords d’abandonner ses malades, son pays, ses morts enterrés à Homs, et le besoin de protéger la seule famille qui lui reste.
Kenan, vient voir sa petite sœur, c'est un jeune homme de 19 ans qui prend des risques, il filme les événements qu'il poste sur les réseaux sociaux pour informer le monde de ce qui se passe en Syrie, il entre dans la vie de Salama. Ils vont tomber amoureux, malgré tous les restrictions et interdits imposés par la société musulmane. Pourtant et malgré tout, ce sera son sauveur et son ancre au cours des mois terribles qui les attendent.
Arriveront-ils à quitter leur pays pour se mettre en sécurité le temps que les choses s’apaisent ?
Écouter les médias, nous livre des informations brutes, disparates, pas toujours aisées à comprendre. Un focus et on passe à autre chose.
Malgré les données de la TV et la presse, j'avoue que je n'avais pas compris grand-chose dans l'histoire des belligérants de Homs, je ne savais plus qui étaient les méchants, je suis tombée un peu de haut en voyant ces prisonniers mutilés lors de l'exil en Russie de Bachar-El-Hassad, appelé le boucher de Damas, lorsque les rebelles islamistes du groupe Hayat Tahrir Al-Sham le chassent du pouvoir.
Un beau témoignage de l’auteure aux racines syriennes, dans la mise en lumière de ce régime sanglant qui a tué, emprisonné ou torturé des centaines de milliers de Syriens.
Un roman qui tient en haleine jusqu'au bout avec le bateau de pêche qui coule alors qu'il n'a pas de canots de sauvetage. Entrer dans un roman en même temps que les personnages, c'est avoir peur avec eux, vivre leurs tourments, leurs traumatismes. Une écriture fluide, mais sans concessions, rien ne nous est caché.
Kenan m'a attendrie avec sa découverte de la chevelure de Salama lors de sa nuit de noces. Un bel amour où chacun s'épaule.
On lit ce roman de guerre et d’amour avec émotion, dans l’odeur des citronniers, et l’odeur de citron de Kenan qui se parfume avec l’eau de toilette de son père, et dont Salama respire le parfum comme l’essence même de l’amour, et de l’espoir.
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Les cerisiers fleurissent aussi la nuit Garance Solveg Editions Charleston
LES CERISIERS FLEURISSENT AUSSI LA NUIT – Garance SOLVEG- JAPON
Les cerisiers fleurissent aussi la nuit est le nom de l'opération de largage d'insectes, porteurs de la peste.
Encore une page bien sombre de l'histoire du Japon ! Une guerre bactériologique japonaise qui fabrique des bacilles.
*
Une saga familiale sur deux époques.
1944, où on suit Hiromi, jeune journaliste qui a épousé le docteur Hajime. Un amour passionné, mais beaucoup de secrets, d' absences et de silences du côté d'Hajime. Hiromi va revoir Yuren, le prince de la cité interdite de la prestigieuse dynastie des empereurs mandchous, ce dernier va lui ouvrir les yeux sur les crimes de l'armée impériale avant l'arrivée du communisme, la rééducation des intellectuels, l'opium en politique d'état pour abrutir le peuple, la Gestapo japonaise. Qui est-il vraiment ? Un traître, un communiste ?
13 décembre 1944, en Mandchourie, les soldats japonais enlèvent une jeune fille. Ils sont persuadés que le sang des anciens conquérants Mandchous est d'une pureté sans pareille.
1993, Ama (Amaseratu) sœur aînée de Yuna, médecin spécialiste de la greffe de moelle osseuse débarque à Kyoto, voilà trente ans qu'elles ne se sont pas vues, Ama est atteinte de leucémie, elle a un mari et un petit garçon. Yuna n'est pas compatible avec Ama. En, outre, ses propres tests indiquent qu'elle est séropositive. Serait-ce Jun, médecin, son amoureux dont elle n'a plus de nouvelles qui l'a infectée ?
Yuna a marché dans les pas de son père, éminent spécialiste du sang, qui lui préférait Ama, elle est devenue illustre et lui a prouvé qu'il pouvait être fier d'elle.
Ama a été adoptée. Débute alors une course contre la montre pour retrouver sa vraie famille.
Comment résumer la guerre entre la Chine et le Japon et l'impact sur la Mandchourie, presqu’île chinoise, située en face du Japon et collée à la Corée, quand le reste du monde était aussi à feu et à sang.
10 Août 1945 : L'armée russe envahit la Mandchourie, le camp est évacué, et dans l'unité 731, où ont eu lieu des expériences sur des grossesses, les -Maruta- femmes cobayes ont été tuées, je vous passe les détails, il ne reste qu'une unique survivante,Wenshan Aisin Gioro, la jeune accouchée de Pingfang sauvée par Jun.
Une histoire passionnante, émouvante, fouillée avec des personnages finement analysés.
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La vie qui reste Roberta Recchia Editions Istya et Slatkine
LA VIE QUI RESTE – Roberta RECCHIA – Italie
La vie qui reste… c’est celle que vivent Stelvio et Marisa, après le viol et l’assassinat de leur fille Elisabetta, dite Betta, à l’aube de ses 16 ans, alors qu’elle courait, en compagnie de sa cousine Miriam, voir les feux de joie de cet été là, sur la plage du petit village de Torre Domizia où ses parents avaient acheté une maison de vacances.
Pourtant, jusque là, le couple avait surmonté avec sagesse et amour sincère d'autres drames.
Alors que Marisa quasiment fiancée à Francesco est enceinte, elle se voit repoussée par cet homme qu'elle aimait tant. Ses parents tentent de cacher cette ignominie, et pour cela cherchent un accord avec Stelvio qui paraît amoureux de Marisa. L'accord est presque trouvé, mais heurte Marisa qui tombe gravement malade.
Les routes enneigées sont impraticables. Marisa doit sa survie à Stelvio qui va la porter pendant trois kilomètres jusqu'à l’hôpital. L'embryon reste bloqué et grossit dans la trompe, cette grossesse intra-utérine cause l'inflammation et l'infection.
L’embryon retiré, Marisa n'est plus obligée de se marier, mais devient amoureuse de cet homme qui multiplie les marques d'amour, elle sait qu' elle peut compter sur lui. Ils se marient et forment un couple solide avec l'arrivée de deux enfants, Ettore, qui montre très vite des talents de musicien et Betta, curieuse, désobéissante et avide de goûter aux plaisirs de sa jeunesse.
Betta a emmené sa cousine Miriam voir les feux de joie sur la plage, la rencontre de trois voyous, avinés et drogués, va lui coûter la vie, asthmatique, elle meurt étouffée.
Profondément choquée par ce qu'elle vient de vivre, Miriam choisit de ne rien dire.
Emma, la mère de Miriam organise les funérailles de sa nièce sans deviner que sa propre fille a également été violée à Torre Domizia, Miriam se replie sur elle-même, devient anorexique et se drogue au Fentanyl prescrit par le psychiatre pour supporter la douleur et l’horreur. Ses parents sont trop occupés à mener leur vie mondaine et professionnelle, et les parents de Betta, indifférents à tout ce qui n’est pas leur deuil et leur souffrance.
L’enquête ne mène à rien, au bout de deux ans, plus personne ne parle de ce drame. Gaspare, un des violeurs s'est suicidé. La police couvre le maréchal Nardulli et son fils Maurizio. Heureusement, l'enquête sera reprise par la juge Anita Perillo.
La rencontre de Léo De Maria, jeune garçon au cœur tendre, dealer par nécessité, avec Miriam, va faire exploser la coquille de désespoir où tout le monde vit enfermé depuis le drame. L’amour infini que ce jeune garçon éprouve pour cette « brindille » qui lui réclame de la drogue va lui donner l’envie et le courage de tout mettre en œuvre pour la sauver.
Des vies au jour le jour, on entre au cœur d'une douleur incurable. Stelvio devient alcoolique, Marisa vit comme un fantôme.
Un scanner qui décortique au scalpel la douleur .
Roman poignant sur la résilience, la reconstruction jour après jour comme dans un ralenti, pour bien comprendre les difficultés d'être seule avec une blessure secrete après l’horreur.
L’apaisement, une autre renaissance grâce à la force de l’amour, la reconnaissance du droit à la différence, pour la tendre sœur transgenre de Léo, Corallina… Tout nous est donné à lire au fil des pages de ce roman bien construit, structuré, où chaque personnage a des qualités qui donnent envie de le connaître plus intimement.
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Le cercle de Lady Tan Lisa Chee
LE CERCLE DE LADY TAN – Lisa SEE- CHINE Editions Albin Michel Prix Grenette 2025
Chine, 15e siècle. Des palais des Grands Mings à la cité interdite, on découvre les quatre étapes de la vie d'une jeune femme, de ses jours de lait à ses quinze ans, jours d'épingles à cheveux, suivis des jours de riz et de sel avant d'atteindre les jours de tranquillité.
Dame respectable est la mère de Yunxian et la première épouse du préfet Tan. Elle est responsable des enfants et des concubines.
Un statut qui passe par le rituel de soin des pieds bandés, des os déplacés pour créer l'illusion d'une fleur de lotus. Lors de mes lectures de jeunesse, (Pearl Buck) je pensais qu'on stoppait la croissance du pied, je découvre dans ce roman l'atroce vérité du poids des traditions. Des coutumes d'un autre temps avec les dommages collatéraux du bandage qui affaiblit les muscles et rend la marche compliquée.
Les femmes de haut rang ne peuvent faire plus de trois pas en dehors de l'enceinte, tout est codifié et laisse peu de place à la liberté de ces femmes condamnées à leurs rôles de génitrice (et de préférence avoir un héritier mâle sous peine de se voir éclipser par une concubine)
Dame respectable en meurt à 28 ans. Le docteur masculin ne peut l' approcher et découvrir l'infection dont elle est atteinte.
Le Père doit s'absenter à Beijing afin de passer ses examens impériaux. C'est Demoiselle Zhao, sa concubine, qui va accompagner Tan Yunxian, 8 ans, la fille de Dame Respectable chez Grand Père Tan et Ru la grand-mère paternelle.
Demoiselle Zhao, sait lire et écrire, elle a étudié les classiques et a été achetée par une maquignonne pour devenir concubine. Elle a donné un fils au Père, Yifeng
Ru est médecin de grande réputation et femme de caractère, de même que le grand-père, les fils sont de hauts lettrés, et notre petite Yunxian se retrouve élevée et formée à la médecine par ce couple d’érudits alors que sa mère vient de mourir à cause de l'infection de ses pieds.
A quinze ans, la jeune fille épouse l'homme qui lui a été désigné, elle déménage donc dans la famille de son mari, mais peut bénéficier de la présence de son amie d’enfance, fille de la sage-femme et sage-femme elle-même. Elle aura du mal à faire sa place auprès d’une belle mère plus maladroite que maltraitante, d'autant qu’elle commence par accoucher de filles. Il faudra attendre son passage à la cour de l’impératrice, qui l’a appelée auprès d’elle, séduite par sa réputation, et celle de Meiling, son amie sage-femme, pour accoucher enfin d’un garçon.
Peu à peu elle va sortir de sa coquille, se révéler, faire ses choix envers et contre tous, et devenir ainsi une femme qui pourra s’inscrire dans la longue lignée de celles qui ont lutté pour l’indépendance féminine.
Un grand roman historique, très poétique inspiré de l'histoire de Lady Tan, dont la lutte résonne encore aujourd'hui. Difficile aujourd'hui de comprendre ce respect inconditionnel des traditions qui engendre solidarité, amitié et jalousies et manigances.
Les explications de fin de livre me renseignent sur la somme des difficultés de recherches que l'écriture de ce roman a nécessité pour cette auteure pugnace.
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Prix Grenette 2025
Les délibérations de l'édition du Prix littéraire Grenette 2025 ont eu lieu ce samedi matin à Annonay.
Malgré une véritable fournaise à la bibliothèque, les débats furent animés et vifs.
Premier Prix : Un roman qui célèbre la force des femmes en Chine au XV e siècle : Le cercle de Lady Tan de Lisa Chee.
En 2e prix, les voix se portent sur un roman intense -La Vie qui reste- de Roberta Recchia.
3e Prix : Les cerisiers fleurissent aussi la nuit de Garance Solveg avec l'occupation japonaise et les crimes de l'armée impériale sur la presqu’île chinoise de Mandchourie.
Les chroniques des différents romans lus seront postées sur le blog des Amis de la Bibliothèque et sur le site de la présidente de l'association https//annemariequintard.fr
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Et nos rêves dansent sur la rivière Karine Lebert Editions Terres de France
Et nos rêves dansent sur la rivière Karine Lebert
Gaétan et sa jumelle Joséphine issus d'une lignée de paysans prospères du pays d'Auge sont tentés par l'appel prometteur de Castro, Consul du Texas, pour une installation vers les terres du bout du monde.
Pour 200 F, ils ont acheté de quoi rêver leur nouvelle vie. Ils ignorent que c'était la terre des Amérindiens. Les massacres des indiens ont commencé afin de s'approprier leurs terres.
Après une traversée de l’Atlantique éprouvante et un périple laborieux, les pionniers arrivés à Castroville s'organisent, il y a déjà des familles alsaciennes.
Gaétan se rapproche de Clara et lorsque Joséphine va nager dans la rivière en sa compagnie, elle se sent épiée. Elle est enlevée par les Comanches quelques heures plus tard et devient contre son gré, l'épouse d'un chef indien.
Beaucoup d'alsaciens sont installés à Castroville, des polonais, des gitans les rejoignent. Les Allemands sont à Frédéricksburg (Texas) D'autres colons continuent de transiter par Castroville avant de se rendre en Californie.
Gaétan épouse Clara alsacienne. Fier et courageux, il se débrouille bien en affaires, son ranch se développe, mais il espère toujours retrouver sa sœur.
Une partie de la tribu des comanches est exterminée et Joséphine retrouvée à Fort Worth. Elle a des enfants Chogan, Dyami et Makawey.
Un grand écart s'est creusé entre Joséphine et son jumeau.
Une vie spartiate chez les Comanches nomades et des belles maisons, des commerces, des entreprises, des jardins chez les colons. Est-ce bien raisonnable de sortir l'argenterie pour des « sauvages » qui mangent avec leurs doigts, des fils rebelles irascibles qui ne pensent qu'à s'enfuir.
1862, les hommes de 18 à 45 ans sont mobilisables et Gaétan est obligé de rejoindre l'armée des confédérés, les fuyards sont exécutés.
Troisième roman de l 'année avec des Indiens, cette fois, je fais connaissance avec l'ethnie amérindienne, la nation Comanche. Avec Marie Nocenti, c’était le massacre des sioux à Wounded Knel et avec le fabuleux roman – Les terres indomptées- de Lauren Groff 17e siècle, l’évangélisation des Indiens sauvages.
Du suspense jusqu'au bout et la vérité de cet exil révélée au grand jour vers la fin.
J'ai aimé découvrir les données économiques et sociétales de Castroville, l'évolution de cette épopée. entre 1842 et 1895 entre illusions, persévérance et désillusions.
Une plume fluide, tous les personnages ont de la consistance et se révèlent avec leur culture, leurs forces et faiblesses avec des pirouettes intéressantes. J'ai ressenti des émotions pour les deux camps.
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Terre d'entre les eaux Daniel Rivel Encres Vives
TERRE D'ENTRE LES EAUX
Daniel Rivel
Quel régal, cette poésie chante la lumière dans le sillage des oiseaux, des cabanes, des couleurs et des formations naturelles, des matériaux, des différents temps.
Les écrits ont une esthétique d’émerveillement avec des mots justes qui élèvent l'esprit, j'ai traversé les prés, les champs, les pays qui frôlent ou se font inonder par l'eau.
Cette poésie est aussi vivante qu'une nouvelle, elle raconte dans sa langue romanesque les digues, l'estuaire, les étangs, les paysages, les vasières, les brumes, les nuages.
Une photographie qui m'a emportée dans un voyage inattendu... J'ai vu les marais, les terres gorgées d'eau ou gagnées sur l'eau, j'ai vu les villages et j'ai contemplé la faune et la flore.
Bien mieux qu'avec des photographies.
Un réel plaisir qui m'a donné envie d'aller visiter Talmont et ses environs. J'espère y voir toute cette beauté aux couleurs du poète chantre de la lumière et de l'eau.
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