Passagères de nuit Yanick Lahens
PASSAGÈRES DE NUIT- Yanick LAHENS
PRIX ACADÉMIE FRANÇAISE
Dans ce roman, l’auteure rend hommage à ses aïeules, ces figures de femmes fortes ont tracé la voie vers la liberté, alors même qu’elles étaient les femmes les plus opprimées qui soient, esclaves sans aucun droit sur leur vie, dans un temps où l’homme blanc régnait en maître absolu, et où à tout moment pouvaient surgir la torture et la mort…
De PORT-AU-PRINCE à La NOUVELLE-ORLÉANS, leur refus de soumission les guidera sur le chemin de leur indépendance personnelle.
-La jeune Élisabeth DUBREUIL a poignardé Maurice Parmentier, un ami de son père qui a tenté de la violer. Avec l’aide de sa mère et de sa grand-mère, elle prendra un bateau et deviendra une de ces passagères de la nuit.
-Camille Dubreuil, mulâtresse a reçu une solide éducation chez les religieuses.
-Regina naît dans un hameau parmi les plus pauvres au sud de l’île de Haïti, et la mort de son père l’oblige, à l’âge de 10 ans, à devenir servante ou plutôt esclave d’une famille noire un peu plus haut placée dans la hiérarchie de l’île, mais la méchanceté de la maîtresse de maison l’obligera à fuir, et à se construire à force de rage de vivre, une petite liberté qui l’a conduira dans les bras d’un des généraux venus les libérer.
L’île sera-t-elle sous l’emprise d’un énième dictateur ? L'arrivée du Président Sallenave, héros porteur d'espoir, est attendue.
On découvre à travers l’histoire de ces femmes, la ténacité et l’effroyable courage qu’il leur a fallu pour se construire et construire l’indépendance de leur famille au milieu des convulsions de l’Histoire d’Haïti.
Un roman qui rend hommage aux ancêtres de l’auteure, avec fierté et délicatesse, les mots sont beaux malgré la souffrance qu’ils évoquent. Une belle écriture, des couleurs, des odeurs.
Une société marquée par l'esclavagisme, un monde sauvage, pour les femmes qui ne doivent pas gémir, mais avancer.
Juste un petit regret, j’ai eu du mal à me repérer dans les époques et les histoires un peu trop entrecroisées de ces femmes. Il m’est arrivé de ne plus savoir de qui on parlait. Un peu dommage et bizarre que deux mois après la lecture de ce roman, je n'en ai aucun souvenir marquant.
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Quatre jours sans ma mère Ramsès KEFI Editions Philippe Rey
QUATRE JOURS SANS MA MÈRE — Ramsès KEFI —
Editions Philippe Rey
Recommandé PAR AUGUSTIN TRAPENARD
Amani, 67 ans, une femme sans histoire a emprunté régulièrement le bus 789 pour aller de sa cité la Caverne en banlieue parisienne à son travail. Elle est en retraite et décide subitement de disparaître. Elle laisse un mot, et surtout 2 hommes complètement atomisés. Son mari, Hédi, maçon à la retraite, 50 ans de mariage, est furieux. Pris d’une rage incontrôlable, il casse tout dans la maison, démonte les meubles et enlève son alliance et la jette.
Slimane, son grand fils de 36 ans, master d'histoire en poche, vit toujours à la maison. Il s'effondre, mais tente de comprendre.
Il traîne de petit boulot en petit boulot, et le soir va rejoindre ses copains, sur le « Parking », pour fumer des clopes, à attendre Dieu sait quoi en se racontant des histoires et en refaisant leur petit monde.
Un électrochoc pour Salmane, qui en compagnie de ses copains, cherche à savoir où elle a pu partir, puisque cette femme est sans famille autre que son mari et son fils.
Seulement voilà, orpheline, elle ne l’est pas, ni son père d’ailleurs, ils ont bien chacun une famille en Tunisie qu’ils ont fuie alors qu'ils étaient jeunes-mariés. Amani est partie retrouver ses racines, n’en pouvant plus de ces mensonges et de ces secrets de famille qui l’étouffent.
Salmane n’hésite pas à prendre l’avion et retrouve sa mère chez la sœur de celle-ci Hager.
Alors il va apprendre son histoire, découvrir des photos et le passé de ses parents, ces révélations feront de lui, enfin, un homme, et non plus cet ado attardé qu’il était encore à 36 ans.
Un premier roman plein de péripéties, écrit sur un ton allègre et avec la verdeur acidulée de la jeunesse. Mais derrière la simplicité du récit, on trouve le grand questionnement sur la condition sociale des immigrés en France, et les coutumes de leur autre pays, la difficulté de faire vivre harmonieusement pour eux ces diverses origines, le rôle primordial des mères, piliers de ces familles fragilisées.
Un roman qui se lit aisément, mais qui mine de rien interroge intensément le lecteur sur ses propres sentiments, ressentis, opinions.
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Nourrices Séverine Cressan Editions Dalva
NOURRICES – Séverine CRESSAN
Une histoire que nous connaissons peu, même si nous savons qu'il était hors de question pour une femme bourgeoise d'allaiter son enfant, on connaît moins ce côté nourrices, véritable industrie, trafic sur le dos des femmes qui profite à certains hommes qui mettent en contact l'offre et la demande. Ces hommes prennent un pourcentage sur les transactions, font du chantage . Comment les qualifier ? Des proxénètes, assurément.
Dans ce village comme dans beaucoup d’endroits de la France rurale, les femmes tirent un revenu en vendant leur lait.
Deux options :
-Se placer en ville dans la famille du bébé, un emploi mieux rémunéré, mais il s'accompagne de la souffrance de devoir sevrer ou abandonner son propre nourrisson à une autre femme.
- Prendre des nourrissons à la campagne.
Dans un village perdu, Andoche est bûcheron, son épouse Sylvaine vend son lait pour se sortir de la pauvreté, elle a accueilli chez elle une petite fille, dès qu’elle a sevré son petit garçon. C’est une petite fille chétive, qui semble avoir du mal à survivre… Une nuit où Séverine traverse la forêt, elle trouve un nouveau-né abandonné dans une clairière. C’est une fille, et il y a près d’elle un carnet qui raconte son histoire. Séverine la ramène à la maison, au grand mécontentement de son mari, qui la voit nourrir un enfant sans être payée…
Des textes poétiques et fantastiques qui magnifient le rôle de la maternité, ce miracle de la vie.
Mais voilà que la petite fille de la ville meurt, Séverine et son mari sont horrifiés, car c’était son premier nourrisson, et sa réputation va être ruinée. Alors leur passe une idée folle par la tête. Remplacer la petite fille décédée par le nourrisson trouvé, elles sont si petites, personne ne verra rien.
La langue de l’auteur est crue et sensuelle, elle nous décrit l’existence sans pitié que mènent ces femmes, confrontées à la réalité de la vie, de cette bataille qu’elles livrent entre leur corps et leur instinct entre avortement, blessures physiques et psychologiques.
On y croise Faustine malade, dont le mari viole des gamines, la vieille Margot et son savoir ancestral.
Et toujours dans une nature enchanteresse, vivante dans ses mystères, avec ses forces bienfaisantes et malfaisantes de la nature, avec des visions d'apocalypse ou de paradis.
C’est un roman qui remue, qui met mal à l’aise, qui dénonce encore et toujours l’exploitation du corps des femmes, même dans ce qu’elles ont de plus précieux, leur maternité, leur instinct maternel, l’amour des enfants. Il leur reste la sororité.
Un récit fabuleux à la Lauren Groff, j'ai adoré, mais certains lecteurs sont rebutés par le style animisme et ses petits génies sortis de la vitalité des éléments et de la flore.
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Tressaillir Marie Pourchet Prix Goncourt des détenus Editions Stock
TRESSAILLIR – Marie POURCHET
Une femme quitte sa maison… Presque sur un coup de tête. Elle n’a rien préparé, elle se demande rapidement pourquoi elle a fait ça, pourquoi surtout elle a laissé sa fille Lou avec son père Sirius, car la vie d’après n’est pas ce qu’elle croyait, tout lui file entre les mains, elle ne gère plus rien, et les antidépresseurs, associés à un psychiatre bizarre ne l’aident pas à avoir une idée claire de sa situation. La peur de tout continue à l'accompagner.
Sur les conseils de ce dernier et avec aussi le regard lucide que sa seule amie, Blanche, pose sur la situation, elle essaie de reconstruire ses journées, sa vie de femme libre, mais la sensation d’arrachement est bien là, et la tentation de retourner vivre avec son mari est grande, tellement le manque de confiance en elle est criant.
Pourtant elle arrivera à obtenir une garde alternée, à mentir pour pouvoir louer un appartement, à décrocher quelques conférences dans un lycée, dans ses Vosges natales où les grandes forêts l’attendent, il y aura le retour auprès de l’homme détesté, mais protecteur contre le monde qui lui fait si peur. Il lui faudra ce second départ pour avoir enfin les outils nécessaires à une vraie reconstruction. Et peut-être découvrir l’origine de la peur qui l’a rendue si faible face aux événements de sa vie.
D'où viennent nos peurs, ces peurs imprécises qui collent à la peau ? C'est dans la région des Vosges que les peurs ont commencé. Sur place, elle se souvient de ses peurs dans la cour de récréation, surtout, ne pas être seule. En atelier scolaire, elle rencontre Eric dont elle ne se souvient pas. Tout a commencé là et son cerveau a décidé d'oublier.
Une trame intéressante qui met l’accent sur les difficultés de prendre l’initiative d’une séparation, que l’on ne réussit pas toujours la première fois, mais pour moi l’auteure a un peu raté sa démonstration.
L'écriture est nébuleuse. Est-ce volontaire pour décrire l'état dans lequel est le personnage, le brouillard est dans l'écriture décousue. Michelle l’héroïne avait le droit d’être floue, mais elle aurait pu éclairer les lecteurs par un fil conducteur pour apprécier ce roman.
La lumière se fait dans les dernières pages lorsqu'on apprend la proximité de l'enfant près d'un drame qui a bouleversé toute la France. Ce roman est à la fois un exorcisme et une psychothérapie.
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Kolkhoze : Emmanuel Carrère Prix Médicis
KOLKHOZE – Emmanuel CARRERE –Prix MEDICIS
Un peu ardu de se promener dans l'arbre généalogique d'Emmanuel Carrère. Cette fois, son récit se resserre sur la branche maternelle, celle de Hélène Carrère d'Encausse, académicienne décédée en 2023.
Des parcours de vie compliqués pour la bourgeoisie russe, des anecdotes géorgiennes aux manières sophistiquées alors qu'ils n'ont plus un sou.
J'avais beaucoup aimé le roman Limonov, nom de cet homme qui avait fait quelques années de colonie pénitentiaire pour son opposition à Poutine.
Eltsine a chargé un économiste libéral de créer une nouvelle économie de marché dans un pays qui n'en avait jamais connue. 99%de la population tombe dans la misère.
Après quelques années de liberté, voici les mafieux tchétchènes. Poutine est mafieux, brutal, il amasse pour lui même, mais les Russes votent pour lui, car il est fiable pour agrandir la Russie, reconstruire l'Empire soviétique. L'âme russe est forte et Poutine lui a rendu sa fierté.
Je découvre la Géorgie avec Salomé Zourabichvili, fille de Levan, son cousin, cette présidente de Géorgie est diplomate française.
On aborde la guerre en Ukraine puisque l'auteur narre l'épisode kafkaïen de son départ pour tourner un film en Russie le premier jour de la guerre avec l'Ukraine, ses rencontres à l' hôtel où les Pro-Poutine se retrouvent et lui, à leurs côtés, sans le sou.
Dans cette nouvelle saga familiale, l’auteur rend hommage à son père, l’homme effacé de façon magistrale par sa mère, il laisse tout de même apparaître son affection pour cette femme qui a aimé ses enfants malgré l’image qu’elle donnait à voir. Une éducation d'autrefois, pas de médiocrité pour une mère figée dans son rôle emblématique. Jamais de faiblesse.
Ce titre Kolkhoze n’est d’ailleurs pas choisi au hasard, puisque cela voulait dire, dans l’histoire familiale, en l’absence du père, se réunir dans le même lit et autour, la mère et les 3 enfants, et appeler cela « faire Kolkhoze ».
Il passe dans ce livre de l’évocation de la grande histoire à des anecdotes intimes, qui dévoilent un côté plus tendre d’Hélène CARRERE D’ENCAUSSE, et révèle par la même occasion ses propres sentiments de fils aimant.
Fresque, grandiose et intime à la fois, qui évoque le côté romanesque et fantasque de ces caractères slaves fascinants et insaisissables, mais qui s’intègrent tellement dans une histoire folle et à leur mesure … ou démesure.
Un livre brillant, avec une analyse fulgurante sur les rouages implacables de l’histoire, dans laquelle nous reconnaissons malheureusement ceux qui sont en train de se mettre en route avec l’ambition de Poutine de récréer l’Empire russe en commençant par écraser les pays qui sont autour de lui.
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La nuit au cœur Natacha Appanah 3e Prix des prix
La nuit au cœur – Nathacha APPANAH
PRIX Médicis
Après une emprise intellectuelle par celui qui deviendra son premier amour, l’auteure a pu échapper à l’horreur de la violence et de l’emprise.
Cet homme mûr, journaliste, écrivain et entraîneur d'athlétisme va passer de guide à gourou. Dès ses 18 ans, l'auteure qui ne connaît rien à la vie va admirer et se soumettre à cet homme remarquablement intelligent comme la plupart des pervers narcissiques, peu à peu, il va l'éloigner de sa famille.
Quelle est la bonne distance pour raconter l'inénarrable et se reconstruire? L'auteure a refusé d’évoquer sa propre histoire et s’est murée longtemps dans le silence.
Comme dans une méthode scientifique, elle se base sur sa mémoire, ses propres ressentis tout en explorant au scalpel des sources d'autres témoignages souvent enfermés dans le carcan de sociétés bien pensantes.
2021, le meurtre puis l’immolation par le feu de Chahinez Daoud, dans des conditions particulièrement horribles, va libérer sa parole, ou plutôt son écriture.
Elle revient aussi sur les soupçons qu’elle avait eus au moment du décès de sa cousine Emma, morte il y a 20 ans sur l'île Maurice, écrasée par un chauffard, qui était en fait son mari. Elle mène son enquête auprès de sa famille, et encore une fois les similitudes se font jour.
Particulièrement cette poursuite en voiture qu’elle retrouve dans son cas et dans celui de ces deux femmes. Son analyse pointe l’essentiel, la peur, la soumission, l’isolement, la dévalorisation, la résistance tardive de ces femmes, car il y en a malgré tout, mais combien il est difficile de s’en sortir .
Même si le schéma de l'homme décrit dans les deux cas présentés est issu d'une société patriarcale et traditionnelle qui ne supporte pas que son épouse, sa chose lui échappe, l’auteure nous fait toucher du doigt la réalité complexe de cet engrenage lorsqu'il est vécu de l'intérieur d'une relation où les émotions et l'amour y ont leur part.
C'est lorsqu'elles comprennent l'emprise et tentent de s'en sortir que la sentence de mort tombe.
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JE VOULAIS VIVRE – Adélaïde de CLERMONT TONNERRE 2e Prix des prix AMB,PRIX RENAUDOT 2025
JE VOULAIS VIVRE – Adélaïde de CLERMONT TONNERRE
PRIX RENAUDOT 2025
Quel régal ! Un roman passionnant.
La romancière donne voix à Milady, le personnage féminin d’Alexandre Dumas.
Cette Milady, née Anne de Breuil, dont la mère et la nourrice ont été assassinées par les cousins de son père décédé va être sauvée et protégée par le Père Lamandre.
Ce père Lamandre devient gestionnaire de l'héritage de cette jeune fille noble, dont il a retracé la généalogie. À son décès, son remplaçant, le Père Sanson devient le nouveau tuteur. Hélas ce dernier fait main basse sur l'héritage de sa pupille et la met dans son lit. Elle n'a que lui, il la fait passer pour sa sœur et emporte des chandeliers de valeur. Premier méfait qu'on attribuera à Anne.
De cette enfance brisée, elle va se forger une carapace et devenir cette femme indomptable qui reprend le nom de Charlotte Backson.
Lady CLARICK, ou Milady de WINTER, s’élèvera dans la société de l’époque, devenant espionne pour le compte du Duc de Buckingham, l' amoureux du roi Jacques d'Angleterre. Charlotte pénétrera un cercle où évoluent artistes, médecins, scientifiques, politiciens.
Elle rencontrera d’ Artagnan, et ses acolytes, mais peut-être en veut-elle trop.
Charlotte aime avec toute sa fougue sans calcul, elle devient enceinte et James de Winter lui propose d'être le père de ce bébé. Elle vivra entre Mordaunt et James, une période heureuse loin des luttes d'influence.
La vengeance qu’elle croit enfin tenir entre les mains, l’espoir de retrouver les biens de ses parents, lui faire rendre justice et condamner tous ceux qui l’ont spoliée et sont responsables de la mort de sa mère et de sa nourrice… Tout cela va lui exploser au visage et causer sa perte.
Hélas, les hommes sont les plus forts.
Dans cette fresque captivante, Adelaïde de Clermont Tonnerre ne perd pas le regard tendre et indulgent qu’elle a pour son héroïne et nous offre dans ce récit éblouissant une relecture magistrale du roman de DUMAS.
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La maison vide Laurent Mauvignier Goncourt 2025
Prix des prix AMB Annonay Rhône-agglo
LA MAISON VIDE – Laurent MAUVIGNIER
PRIX GONCOURT 2025
L'histoire ne m'a pas fait vibrer jusqu'à la première centaine de pages, une belle écriture, mais le destin de Marie Ernestine ne m'apporte rien. L’histoire démarre lorsque Florentin, le professeur de piano apparaît chez la grand-tante Caroline.
Firmin a toujours fait confiance à sa fille, il lui a acheté un piano à la fin de ses huit ans de pensionnat.
L'auteur nous fait découvrir une grande maison vide, hormis la présence de ce piano. Il y recherche la Légion d'honneur de son arrière-grand-père. Entre souvenirs et fiction, il décortique l’histoire de sa famille dans la première partie du XX siècle, les guerres et la série de drames qui ont provoqué la chute de cette famille.
Firmin a tout pensé pour sa fille Marie-Ernestine dite -Boucle d'or-.
Alors qu'elle rêvait à son émancipation d'amour avec Florentin Cabanel, et croyait intégrer le conservatoire de musique, elle apprend que le père a négocié son mariage avec le gros Jules, paysan, sans finesse et aux manières grossières. Le monde de la jeune fille s'effondre, mais on ne contrarie pas le Père.
Un récit ponctué par deux guerres, pendant lequel se joue le destin des ancêtres qui font tout pour arriver à se faire une place dans la petite bourgeoisie provinciale et réussissent, accumulant scierie, fermes, terres, lacs et troupeaux au détriment des sentiments. Firmin a souhaité protéger sa famille et son domaine et pour lui, seul Jules, le jeune homme amoureux de sa fille en est capable.
C’est par les femmes que nous allons suivre cette épopée, malgré les apparences qui semblent donner le beau rôle aux hommes.
Un sens pratique et des mots crus de la mère expliquent à sa fille la débrouillardise de la vie des femmes et leur sexualité.
Derrière Firmin, il y a Marie Jeanne, puis leur fille Marie Ernestine et son époux Jules, et enfin leur fille Marguerite, la grand-mère de l’auteur, qui par trop de souffrances détruira sa vie en entraînant les autres avec elle.
Marie-Ernestine, la princesse Boucle d'or à qui on a répété qu'elle était fragile l'a cru, elle est incapable de travailler aux champs et de s'occuper de sa fille, elle reste musicienne. Son effort de guerre est d'abandonner les musiciens allemands.
Drames, déceptions, blessures et douleurs intergénérationnelles mises en lumière par Florentine, une psychologue inquisitrice, révélant un désamour confinant à la haine des mères pour leurs filles. Une ultime spoliation fera de l’auteur et de sa sœur les héritiers de la seule maison, alors qu’il y avait tant d’autres biens.
La grand-mère qui n'avait jamais eu droit au chapitre, même pas à un prénom devient un chef de famille avisée et respectée qui gère d'une solide main de maître, les différentes entreprises. Jeanne-Marie Florabelle meurt à 73 ans en 1933. La petite Marguerite, enfant seule, méprisée par sa mère, se retrouve abandonnée à sa solitude.
Attention à l'embarquement dans ce roman, tous ces mots précis, toutes ces pensées intenses qu'on garde sont décortiquées et révélées au grand jour, ils cisaillent le récit permettant à chacun de s' y reconnaître et ratiociner.
Et vous avec, je l'espère pour un coup de cœur Goncourt magistral.
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Prix des prix AMB
Lauréats PRIX DES PRIX
1- La maison vide Laurent Mauvignier
2- Je voulais vivre Adélaïde de Clermont Tonnerre
3- la nuit au cœur Natacha Apanah
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Celle qui se taisait Maria Barbal Editions Charleston
Celle qui se taisait Maria Barbal Éditions Charleston
Dans les années, 1920 au cœur des Pyrénées catalanes, la terre est aride et dure à travailler.
Six enfants, beaucoup de travail pour une mère qui n’arrête jamais. Des familles au sens pratique avant tout. Sa sœur a fait un beau mariage, mais n'a pas eu d'enfants.
Conceptio appelée Conxa a 13 ans et il est décidé qu'elle allait rejoindre sa tante et son oncle. Elle ne reverra plus ses parents qu'une seule fois.
Conxa tombe éperdument amoureuse de Jaume, maçon et menuisier. Il va demander la permission de fréquenter la jeune fille. Ce n’est pas un bon parti. Jaume n'a pas de terres, son frère aîné en a héritées.
Huis clos familial, seul le travail compte. Les naissances sont rapprochées.
Jaume est courageux. Il s'expatrie dans les villages voisins pour gagner sa vie, cela n'est pas très bien vu pour des familles de la terre repliées sur elles-mêmes, elles auraient préféré un homme qui les aide dans leur exploitation. Grâce à ses diverses rencontres, Jaume est plus ouvert et énonce des idées de démocratie, de république. Pas de bon ton alors que naît la guerre civile espagnole!
Les riches et le clergé ont peur de soulèvements et d'idéologies différentes. Ils ne veulent pas que ça change.
Le curé du village dénonce Jaume comme -rouge -. Sa famille sera évacuée et emprisonnée. Je ne vais pas spoiler davantage.
Les enfants quitteront la vie harassante et rude de la campagne pour s'installer à Barcelone. Conxa découvrira un autre monde.
J'ai été happée par la fluidité de ce récit bouleversant dans une époque où chacun fait ce qu'il peut.
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