Dose de sucre et grain de sel : Laure Enza
Dose de sucre et grain de sel
Laure Enza
La plume fluide de Laure m’a saisie dès le départ avec cette histoire tendre, soutenue et addictive.
Comment ne pas s’attacher au petit Louis dès le début, lors de la réunion de famille en l’honneur de l’anniversaire de mariage des parents d’Aline Giraud.
Un enfant calme face à Kevin, le turbulent fils d’Eric, compagnon d’Aline.
Surprise agréablement de découvrir autre chose qu’un feel-good, c’est un roman avec des tripes.
Tout est à sa place :
Des personnages bien construits.
–De l’humour et de l’émotion avec le personnage de Lucien, l’ancien, le râleur.
–Le couple qui fête ses 40 ans de mariage, un univers familial réaliste avec les réactions diverses des membres de la famille.
–Louis, qu’on croyait timide se révèle un enfant curieux et courageux.
–Les frères Bernardini
Un beau décor.
–De belles promenades de bord de mer, Carro, les calanques, les cabanes de pêcheurs.
Des situations cocasses, des scènes désopilantes.
–Le cabinet du vétérinaire, Lucien, la coiffeuse.
De l’émotion.
Rosalie, vingt ans de moins et de belles gambettes.
Un sujet solide et réaliste avec les inquiétudes d’une maman.
Je ne veux pas trop spoiler l’histoire, ce roman parle avec justesse et subtilité de maladie, de résilience, de futur et d’amour, hé oui, même le prince charmant est bien présent, sans neige et sans blouson de bûcheron.
Il faut dire qu’il emploie plus facilement les expressions régionales provençales que celles des contes de Noël.
Un roman tout en sensibilité, émouvant et subtil qui fait du bien, puisqu’il apprend la confiance en l’humanité, en la résilience et la générosité.
Un livre parfait pour l’été. (et pour l’hiver aussi)
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Le gardien du camphrier Keigo Higashino Japon
LE GARDIEN DU CAMPHRIER — Keigo HIGASHINO – JAPON Éditions Actes Sud
Le camphrier est l’arbre emblématique d’Hiroshima puisque c’est le premier qui a refleuri après la catastrophe. Ici, dans ce roman, il veille sur un sanctuaire au cœur de Tokyo. Il doit être énorme, car on peut y passer la nuit en son cœur.
Ce jeune homme a grandi seul, comme une plante sauvage, il se forge une expérience au gré des jours et des emplois qu’il occupe, sans grande conviction, mais avec l’envie de faire quelque chose de sa vie, et un fond d’honnêteté qui va tout de même le conduire en prison. Révolté par l’injustice,, il essaie de se défendre, en vain, et se retrouve derrière les barreaux.
Et le destin va le retrouver. On lui propose un marché pour le faire sortir de là, et peut-être lui changer la vie.
Reito Naoi, l’orphelin, se voit proposer la mission bizarre d’entretenir un camphrier et tout ce qui est autour par Chifune.
Qui est cette personne qu’il ne connaît pas et paraît avoir beaucoup de pouvoir ? Cette Chifune a fondé des hôtels et a investi dans l’hôtellerie avec une philosophie d’accueil bien personnelle.
Quel est le secret de ce camphrier où pénètrent des personnages de haut rang ? À quoi servent ces rituels mystérieux à accomplir à certains moments de la lune ? Obtenir des miracles ou rencontrer l’âme des défunts de sa famille et en recueillir l’esprit ou l’essence ?
Tout d’abord, indifférent et même moqueur vis-à-vis de ce rôle qu’on lui propose, Reito, n’a pas le choix, il accepte ce poste et peu à peu, rencontre des personnages à la recherche de réponses.
E Il va découvrir l’histoire de sa propre famille à travers cette mystérieuse femme qui le guide, lui enseigne mille choses, sur son métier et sur la façon de se conduire dans la vie. Elle se révélera être sa tante, la demi-sœur de sa mère décédée.
Un roman émouvant et subtil qui fait du bien, puisqu’il apprend la confiance en l’humanité, à la résilience et la générosité, un roman à la fois fantastique, spirituel et tout en sensibilité.
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Les fils d'Otmar Peter Buwalda Pays Bas Editions Actes Sud
LES FILS D’OTMAR — Peter BUWALDA — PAYS-BAS Actes Sud
À Sakhaline vit une baleine dont l’espèce est menacée.
Trois thèmes dans ce roman :
La famille recomposée et ses relations complexes.
Otmar a un fils, Dolf, qui très tôt montre des qualités de pianiste prodige, et une fille Tosca qui s’exerce au violon et au chant.
Otmar, veuf, demande la main d’Ulrike, mère de Dolf, ce beau fils né de géniteur inconnu, acceptera de changer de prénom et deviendra Ludwig.
Beau fils et beau père deviendront très soudés avec des points communs comme des montages de maquettes, alors qu’avec ses enfants biologiques, Otmar exerce un pouvoir presque tyrannique avec des heures de répétitions strictes. Le jeune prodige prend des médicaments pour déstresser.
Le fils biologique sera coaché par sa belle-mère.
Les enjeux de l’industrie pétrolière. Pouvoir et ambition du Président-directeur général de Shell où travaille Ludwig qui pense qu’il s’agit de son géniteur.
On fait connaissance de la société Shell où travaille Ludwig.
Ludwig pense avoir enfin trouvé son géniteur en la personne du directeur général de Shell, Hans Tromp.
Une troisième histoire de traumatisme qui s’imbrique avec Isabelle qui va nous faire découvrir sa propre famille adoptive et son travail d’investigation.
Par le biais d’Isabelle, jeune journaliste d’investigation, brillante et ambitieuse, qui n’a pas peur de donner de sa personne pour découvrir ce qu’elle souhaite, on va peu à peu découvrir Hans Tromp, personnage fascinant, et amoral.
On voyage par la même occasion dans les sphères du monde des affaires au plus haut niveau. Hollande Thaïlande, Russie, Nigéria à la poursuite de ces personnages et de leur histoire, un roman où le souffle de l’aventure n’est jamais absent.
Il m’a cependant manqué un fil conducteur, car si l’on part sur l’histoire de Ludwig et Dolf, ils deviennent assez vite des personnages secondaires, et on s’attarde très vite dans la vie d’Isabelle qui prend une place prédominante, pour finalement avoir comme personnage principal Hans Tromp et leur relation sulfureuse de haine amour et de recherche de domination de l’autre.
Avec de temps à autre une petite réapparition des deux frères, mais qui semble être là pour relancer le suspens.
Dommage, la fresque épique et grandiose qui avait bien commencé nous lançant sur trois thèmes ne nous comble pas dans la quête de Ludwig. Je comprends mieux puisque c’est le premier tome d’une trilogie.
J’ai appris qu’il y avait une suite seulement traduite en néerlandais pour l’instant ! ce qui explique en partie cette « fin ouverte » !
Je ne le savais pas lorsque j’ai choisi ce roman.
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Le jour où tu m'as touchée Yan Geling Chine
Le jour où tu m’as touchée – Yan GELING – Chine Éditions Acte Sud
Nous sommes à la fin de la Révolution culturelle chinoise. L’Armée populaire de Libération se met en place et construit un modèle de « Théâtre aux Armées » chargé de faire découvrir la danse et le théâtre dans les régiments.
Une génération perdue dans un monde étriqué, en décalage avec une époque en transition.
Des adolescents, venus de toute la Chine sont choisis pour intégrer la troupe, ils ont été formés à l’effacement de l’individu au profit du collectif.
Liu Feng, leur entraîneur, issu du génie militaire a appris à sauter selon une technique des arts martiaux. Acrobate au sein d’une troupe Bangzi, il est devenu -soldat modèle- . Le jour où il croit pouvoir déclarer son amour à une jeune danseuse, et que sa main effleure le dos de la jeune fille, tout dérape, celle-ci appelle au secours, et ce scandale va faire éclater le destin de cet homme. Le héros peut chuter, mais doit faire amende honorable et même s’excuser pour des fautes non commises.
Des valeurs qui changent dans un pays où l’héroïsme a toujours été mis en valeur. L’esprit de sacrifice est érigé en modèle pour le parti communiste chinois, difficile à comprendre pour un lecteur français.
À travers les hasards de rencontres imaginées par l’auteur, nous pouvons vivre et mieux comprendre l’évolution de la société chinoise.
Un livre intéressant surtout par la connaissance d’autres valeurs portées aux nues dans un autre régime que le nôtre.
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Les enfants Stramer Mikolaj TOZINSKI — POLOGNE Editions Noir sur Blanc
LES ENFANTS STRAMER— Mikolaj TOZINSKI — POLOGNE
À Tarnov, devant son café — Chez les Stramer- le père est heureux. C’était le temps du bonheur.
Les enfants STRAMER sont six frères et sœurs juifs et polonais.
Tout a changé, l’ennemi est le juif. Ces juifs qui propagent le typhus. La mort les attend partout, on va suivre chaque enfant dans sa lutte. Certains doivent simuler ou faire l’idiot pour ne pas être repérés, surtout quand votre patron fraie avec les Allemands et vous envoie piller les appartements des juifs.
Mentir, jongler, changer de nom, difficile, car les Allemands sont là et le ghetto de Varsovie est juste à côté.
Pas toujours aisé de s’y retrouver dans la deuxième partie, car les enfants ont changé de nom, Roza dont s’occupe Babounia est devenue Marysia Zegarlincka. Certains se sont mariés ou ont eu des enfants.
À la fin de la guerre, ils se retrouveront pour une belle réunion de famille, ayant tous réussi à s’élever dans la société au cours de ces années dangereuses, ils paraissent ne pas avoir changé, mais sous cette belle mise en scène immortalisée par une photo de famille, et au milieu de la comédie que chacun joue pour les autres, on sent bien que leur vécu a creusé des failles profondes, douloureuses, et même définitives pour certains, et que cette rencontre sonne la fin d’une fratrie qui se croyait pourtant solidement soudée.
Un roman sans concession sur le quotidien d’une époque que l’on voit pour une fois avec le petit bout de la lorgnette.
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Le dernier passager Nedim Gursel (Turquie) Editions Actes Sud
LE DERNIER PASSAGER – Nedim GURSEL – TURQUIE Actes Sud
Voilà le type même de roman qui a rebuté les lecteurs cette année.
Un écrivain qui se raconte et revisite son passé sans se soucier du lecteur. Une histoire chargée de plusieurs cultures, un père bosniaque, Mostar, Turquie, Helléniste...
Je connais ces régions et tente de comprendre, mais les autres lecteurs ont décroché. Outre son propre parcours, il revisite ceux de sa famille, dans une Turquie déchirée par les conflits, les dominations prises, perdues et reprises par les peuples, les ethnies. L’auteur n’a pas su mettre de la lumière là où il fallait pour rendre son récit plus simple afin que le lecteur non spécialiste de ces régions comprenne.
Nous sommes dans l’avion avec un écrivain de 70 ans, rat de la bibliothèque nationale, il est en route vers Istanbul ! Son épouse, Pénélope, grecque, est restée à Paris.
L'écrivain vient faire un reportage sur Istanbul et donner des conférences, mais il rêve surtout de retrouver sa maîtresse Songul, une jeune kurde. À son âge, son oiseau se lève encore et gazouille toujours.
Entre rêve et sommeil, il revisite des parties enchevêtrées de sa vie, il réécrit en pensées l’exposé qu’il doit faire, allège certaines parties et citations.
Le détroit d'Istanbul, les flots du Bosphore qui séparent les deux parties: Anatolienne (Asie) et Rouméliote (Europe)
Avoir l'âme stambouliote, est-ce vraiment être turc ?
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Nos femmes sous la mer Julia Armfield Angleterre Editions La Croisée
NOS FEMMES SOUS LA MER — Julia ARMFIELD — ANGLETERRE
Fascinant, captivant, addictif ! Comment qualifier ce roman autrement que par ces qualificatifs ?
Un voyage prévu pour trois semaines avec le centre d’observation marine qui dure 6 mois.
Aucune nouvelle de cette mission du sous-marin sous la mer. Plus de connexion, les cauchemars de l’attente pour Miri commencent.
Comment un sous-marin bardé de technologies, surveillé par un centre expérimental a-t-il pu sombrer aussi vite au fond de l’océan, dans les abysses, là où tout devient hors de portée ?
À l’intérieur du sous-marin, un huis clos oppressant, toutes les machines s’éteignent, laissant dans le plus grand désarroi Leah et ses compagnons de mission. Le temps s’étire, sans contact aucun, et pourtant certaines choses deviennent intrigantes. L’eau continue à être filtrée en abondance, la nourriture semble avoir été prévue pour bien plus qu’une expédition de 3 semaines. Des sons bizarres, pas de lumière dans le vaisseau naufragé, le rythme circadien s’effondre. Le sous-marin continue à générer l’approvisionnement en air.
Et si l’expérience n’était pas celle qu’on leur a officiellement vendue ?
Alors qu’on les croyait morts, voilà que le sous-marin remonte à la surface, il est miraculeusement réparé… Leah retrouve Miri, mais très vite celle-ci se rend compte que sa compagne a radicalement changé. Il y avait tant d’amour entre elles.
Au fil des semaines Leah semble s’effacer, changer physiquement et moralement avec une attirance de plus en plus forte pour sa baignoire remplie d’eau salée.
Toute sa peau est blanchâtre avec des reflets de nacre, sous la pression, ses gencives saignent, ses yeux jaunissent.
Commence alors une inquiétante aventure, des symptômes étranges apparaissent.
À tour de rôle, les voix de Leah et de Miri narrent leur vécu.
Que s’est-il passé dans ce sous-marin, quelles transformations, quelles métamorphoses ont-ils tous subies ?
Ce questionnement ne va pas quitter Miri, qui va essayer de joindre le Centre Expérimental ainsi que les familles de ceux qui ont partagé ces moments-là, mais arrivera-t-elle à avoir un début d’explication logique à tout ce qu’elle et sa compagne vivent ?
Fascinée, obligée de tourner les pages pour savoir ce qui se passe, je n’ai pas pu lâcher ce livre avant le mot fin.
Un roman remarquable, captivant et riche d’intelligence émotionnelle qu’on ne peut oublier !
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La fille de sel Sonia Zoran (Suisse) Editions de l'Aire
LA FILLE DE SEL — Sonia ZORAN — SUISSE
OTOK, île croate de l’archipel de Zadar.
J’ai retrouvé avec plaisir une région que je connais bien, avec cette sensation que là-bas, la mer ressemble à un lac, ce n’est pas l’infini de nos berges, mais devant, derrière, des berges d’autres îles.
Tito avait rassemblé plusieurs peuples aux origines différentes en Yougoslavie avec une langue commune, le serbo-croate.
Depuis l’éclatement, les différences sont cultivées, les serbes, les Croates ont repris leur vocabulaire, en étudiant l’onomastique, avec l’étude des noms propres et des lieux-dits.
Sans doute, un peu compliqué pour la narratrice de comprendre ce père mutique. Immigré balkanique, il a vécu tant de choses qu’il garde son passé en tête, racisme, guerre.
En venant sur cette île, elle tente de se rapprocher de son histoire, il devait être de là, lui l’apatride qui n’a jamais trouvé sa place, éternel étranger dans un monde qu’il n’a pas pu apprivoiser, tout au moins elle se l’imagine comme cela… Elle décide peu à peu d’y creuser ses racines, de se faire adopter par les habitants, presque tous pêcheurs. Seules les olives viennent concurrencer ou compléter le commerce des poissons. On peut lire ce roman en se focalisant sur cette île, où il paraît régner une grande joie de vivre, une harmonie entre les êtres et les choses, qui se comprennent sans trop parler, ils sont soudés et il est difficile de vraiment pénétrer leur monde et devenir l’un des leurs. Tout en paraissant très ouverte et accueillante, cette population se ferme lorsqu’il faut accorder du crédit aux nouveaux venus. Les différentes forces d’occupation ont enfermé la confiance des uns et des autres.
L’état d’Oustachi, fasciste croate occupé par le Reich, les forces d’occupation magyares, des milliers de personnes et de familles fusillés et jetés dans le Danube, d’autres forcés de marcher sur la glace avant d’être rattrapés, le raid de Novi Sad en 1942, massacre perpétré par l’armée hongroise.
Chacun a son histoire et sa méfiance en tête, qu’il soit Slovaque, Hongrois, Croate, Serbe, bulgare, roumain, moldave ou ukrainien. Il est préférable de se taire.
Journaliste, elle observe leur quotidien, leur nostalgie, leurs codes et leur façon de fonctionner les uns par rapport aux autres, il y en a qui sont toujours restés là, d’autres qui sont partis, plus ou moins longtemps, mais tous sont revenus, car cette île a quelque chose de magique, il semble qu’elle seule peut leur offrir la plénitude…
Les langues et les dialectes se croisent, s’opposent, car les mots ont leur ancrage, mais évidemment, tout le monde se comprend.
Nous avons de magnifiques descriptions de paysages, de mer, du vent et de ses colères, des oiseaux, du temps et des saisons qui passent, même la mort possède une poésie de légère tristesse, on baigne avec bonheur dans un récit poétique.
C'est le style de roman rencontré cette année avec des personnages qui ont vécu tant de guerres, de bouleversements culturels et dépaysements géographiques.
Ce qui rend leur lecture plus compliquée pour ceux qui ne connaissent pas leur histoire, ici, l'histoire des Balkans.
Les auteurs se cherchent et tentent de comprendre leur propre multiplicité.
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Le petit Fernando Aramburu Espagne
LE PETIT – Fernando ARAMBURU — Espagne
Comment peut-on faire face à l’insoutenable qu’est la perte d’un enfant ?
23 octobre 1980, une explosion a lieu à l’école de Nuco située à Ortuella, au Pays basque, 51 morts de 5 à 10 ans. Est-ce la faute du plombier qui avait sa propre fille dans l’établissement ? Il réparait une chaudière avec un chalumeau.
Les réactions des personnages sont différentes face à l’atrocité de la mort d’un enfant.
Pour la famille de Nicasio, le malheur, c’est la mort de Nuco 6 ans qui ne rentrera plus. Il n’est pas le seul. Les étages se sont effondrés, et peu d’enfants qui étaient au rez-de-chaussée ont eu la vie sauve.
Dans le village, chacun se souvient de ce qu’il faisait lorsqu’il a entendu l’explosion et la supplique qu’il a adressée à Dieu.
Nuco n’avait pas très envie d’aller à l’école ce matin-là, Mariaje, sa mère a dû le forcer, au chagrin où se mêle la culpabilité. Elle découvre un autre visage de cette école qu’elle connaissait pourtant bien, une horreur, trois cratères, des enfants disloqués ou propulsés, des membres arrachés.
Un calmant pour sédater les parents de Nuco qui vont reconnaître leur enfant au visage écrasé.
La douleur prend des chemins différents.
La mère a sa période de vallée de larmes mêlée à une certaine insensibilité, incapable de faire quoi que ce soit, tout lui semble inutile, et elle se fait du souci pour son père, Nicasio, pour qui le petit Nuco était tout. Il venait le chercher le matin pour l’emmener à l’école, sa petite main dans la sienne, et il lui apprenait la vie, le monde.
Nicasio s’invente un monde où Nuco n’est pas mort. Il est l’un des rares à s’être sauvé, préservé par une table, il va le retrouver. Et à l’instar de certains enfants solitaires, Nuco va devenir son « ami imaginaire ». Il vient toujours le chercher le matin pour l’école, continue leurs conversations le long du chemin, les habitants s’habituent à voir passer ce vieil homme qui parle seul.
Sa fille ne le contrarie pas, comprenant que c’est sa façon de maîtriser son désespoir, de survivre, et lorsque les parents débarrassent la chambre du petit, Nicasio la reconstitue chez lui. Il n’est pas fou, il va au Colombarium où sont aussi les autres enfants, mais il sait qu’il ne doit pas sortir de cette bulle…le père, José Miguel souffre beaucoup et pleure sincèrement son enfant, mais il tente de protéger son épouse, il veut avancer, reconstruire en essayant d’entraîner sa femme sur ce chemin-là.
La mort de Nuco va révéler des secrets de famille, certains membres n’y résisteront pas, d’autres essaieront de faire au mieux.
Comment survivre à l’absence ? Chacun va évoluer à sa façon, l’auteur nous donne à réfléchir.
Un livre triste et lumineux tout de même, tendre et nostalgique à la fois, on éprouve tant de compassion envers cette famille qu’on a privée de l’essentiel, la présence de l’enfant chéri.
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Prix Grenette 2026 : les fantômes de Shearwater Charlotte Mc Conaghy
LES FANTÔMES DE SHEARWATER — Charlotte McCONAGHY — Australie
Tout est réuni dans ce roman qui s’apparente à un thriller.
De beaux personnages auxquels on s’attache, une histoire passionnante, mystérieuse, sur une île de fin du monde.
120 km2, cette île abrite des otaries, des manchots royaux et trois millions d’oiseaux marins nicheurs.
Dominic Salt, veuf, vit avec ses trois enfants Orly, Ralf et Fen sur cette île de Shearwater, qui a été choisie par les scientifiques pour y stocker au froid dans le permafrost, des spécimens de graines du monde entier.
Cette réserve naturelle aiderait l’humanité à replanter des végétaux, à préserver les ressources de la planète et à nourrir l’humanité en cas de catastrophe climatique.
Les derniers chercheurs sont partis, un bateau passe tous les 6 mois, la famille Salt reste seule pour terminer le travail, mais voici que les systèmes de communication ne fonctionnent plus, l’électricité est coupée, tout a été vandalisé, plus rien ne relie l’île au continent et à un éventuel bateau qui viendrait la sauver.
Qui est Rowan cette femme échouée sur l’île après une tempête, sauvée par Fen, la fille de Dominic. Son état est inquiétant.
Rowan est à la recherche de Hant Jones, son mari, chef botaniste, responsable de l’équipe de la station. Rowan ne voulait pas d’enfant alors que son mari en voulait. Est-ce pour cela qu’il a quitté l’île sans la prévenir ?
Admirative de la personnalité de Dominic, Rowan s’implique peu à peu dans la vie de cette famille qui s’aime, mais se déchire en même temps. La mère est morte en donnant naissance à son deuxième garçon, le père fait ce qu’il peut pour maintenir en harmonie la fratrie, mais ce n’est pas facile.
Le passé est distillé au fil des pages, les secrets vont révéler la profondeur des sentiments, des blessures et des émotions de chacun. Rowan va complètement changer sa façon de vivre et de penser, s’attachant malgré elle à ces trois enfants adorables, faisant preuve d’une belle empathie envers ces enfants privés de mère.
Nous assistons à leur reconstruction au milieu de magnifiques scènes offertes par la nature, l’océan, les tempêtes, les créatures qui vivent sur les plages et dans l’eau, baleines, otaries, phoques, éléphants de mer, pingouins, et tous ces merveilleux oiseaux.
Malgré les catastrophes qui se rapprochent, on reste ébloui par la beauté et le sublime spectacle que les éléments offrent à chaque instant, comme le dernier chant du cygne.
Un roman très réussi, sur les thèmes de la transmission, du deuil et de l’écologie qu’il est difficile de lâcher avant la fin.
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