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LES AMIS DE LA BIBLIOTHEQUE ANNONAY
Articles récents

La correspondante Virginia Evans

16 Mars 2026 , Rédigé par Anne de la Quintardière

LA CORRESPONDANTE – Virginia EVANS

Ce premier roman ne ressemble à aucun autre ! Original et difficile à résumer puisqu’il est uniquement composé de lettres.

À travers toute une vie de correspondance avec des auteurs qu’elle a lus et aimés… ou pas !

Sybil Van Antwerp nous découvre ce qui a fait son existence, riche d’expériences joyeuses, tristes, dramatiques, mais toujours surprenantes.

Cette correspondante a son franc-parler, qu'il s'agisse des membres de sa famille, ses amis, son proche voisin, ses amoureux, son frère, ses enfants, un jeune garçon, un réfugié syrien.

Sa correspondance s’est intensifiée avec la retraite, avec la peur de ne plus pouvoir écrire, car elle perd peu à peu la vue.

Le temps presse, chaque jour elle est à son bureau devant sa fenêtre et sa vue sur le fleuve, à Annapolis dans le Maryland.

De sa plume alerte, acerbe quelquefois, mais toujours éblouissante, elle se lance dans des pages d’écriture qui obligeront ceux à qui elle s'adresse à lui répondre. Même ceux qui ne sont pas à l’aise avec cet exercice font cet effort !

Elle a 73 ans, vit seule dans sa petite maison après une vie de juriste puis de greffière, elle semble préférer écrire que téléphoner ou rencontrer physiquement les personnes de son entourage. Elle a ainsi érigé des barrières autour d’elle, même avec sa propre fille Fiona.

Pourtant, grâce à ce don qu’elle a, de faire revivre des petits bouts de sa vie, elle dévoile peu à peu ce qui a fait son existence, c'est ainsi qu'elle nous construit un véritable roman. Suspenses, secrets, malentendus, presque haine parfois, mais aussi fragilités, remords, incompréhensions ; tous les ingrédients sont là pour nous tenir en haleine.

Éblouissant, réjouissant et bouleversant souvent, ce roman ne peut nous laisser insensibles.

Une ode à l’écriture dans cette époque où la transmission et les échanges passent de plus en plus par internet et où l’art de la correspondance se perd.

Une franche réussite.  

 

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Aqua Gaspard Koenig

15 Mars 2026 , Rédigé par Anne de la Quintardière

AQUA – Gaspard KŒNIG

Dans ce second tome, après Humus et la terre, l’auteur aborde le sujet de l’eau, une actualité brûlante, car nous vivons une accélération de la détérioration du climat. Les inondations succèdent aux périodes de sécheresse.

Nous allons vivre ces événements dans le petit village de Saint Firmin, où il faut absolument moderniser le réseau d’eau potable et se rattacher à des organismes de gestion de l’eau, ce qui en premier lieu va faire multiplier le prix du m3 par 3 sans compter d' innombrables contraintes.

C’est le temps des élections municipales, et les habitants en ont assez de la gestion autoritaire de leur maire, qui a déjà accompli 3 mandats.

Ce maire, qui ne veut pas perdre la main, présente son neveu qui travaille au Ministère de l’eau, ce dernier a besoin d’un ancrage dans le terroir pour briguer un poste de député. Voilà un plan parfait où tout le monde va trouver son compte.

Sauf que, Maria, la joyeuse tenancière de l’épicerie, d'origine roumaine, mariée à un français, a des idées pour gérer ce village et le problème de l’eau. Son mari la pousse un peu, et la voilà élue avec une bonne majorité. Elle défend la source du village… Cela suffira-t-il  pour changer le cours des choses ? Une lutte s’engage avec tous les services de l’eau, Maria manque d’expérience, et elle s'aperçoit rapidement que l’élection passée, chacun retourne à ses petites affaires, elle se retrouve seule à tout gérer. Elle est orgueilleuse et fière, ne veut rien lâcher, n'a besoin de personne, mais elle se radicalise, devient de plus en plus cassante et sectaire à mesure que les difficultés grandissent.

Nous suivons avec  grand intérêt les péripéties qui parcourent ce village autour du sujet de l’eau, traité en spécialiste par l’auteur. Grâce à sa grande connaissance de tous les arcanes juridiques de la politique locale, de la bureaucratie à tous les niveaux et jusqu’à la sphère parisienne où l’on voit fonctionner les rouages de l’État, il nous explique que la gestion de l’eau, comme le reste, est devenue un problème impossible à régler à cause de tous ces fonctionnaires qui ont voulu chacun leur tour y aller de leur propre loi pour laisser une trace de leur passage, et en ont fait une «  usine à gaz » !

Ce petit village de Normandie arrivera-t-il à s’en sortir ? Oui pour ce petit village gaulois habité par de pittoresques personnages, et sous la plume romanesque et un peu mythologique de l’auteur qui nous en fera une démonstration magistrale…

Et l’on se prend à rêver que cela pourrait s’arranger ainsi, si seulement les hommes y mettaient de la bonne volonté et faisaient passer leur intérêt personnel après le bien commun

Un livre sur un sujet difficile, ardu, obscur, rendu plus léger, plus clair  et lumineux par le talent de l’auteur.

 

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Prix Grenette 2026

13 Mars 2026 , Rédigé par Anne de la Quintardière

En route Pour le Prix Grenette : Délibération 13 Juin 2026 10h30 Bibliothèque St Exupéry Annonay

 

1La fille de sel Sonia Zoran Suisse

2Le jour où tu m'as touchée Yan Geling Chine

3Le dernier passager Nedim Gursel Turquie

4Le petit Fernando Aramburu Espagne

5Les fils d'Otmar Peter Buwalda Belgique (flamande)

6Le gardien du camphrier Keigo Higashino Japon

7Les fantômes de Shearwater Charlotte Mc Conaghy Australie

8Nos femmes sous la mer Julia Armfield Etats Unis

9Les enfants Stramer Mikolaj Lozinski Pologne

 

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Passagères de nuit Yanick Lahens

22 Février 2026 , Rédigé par Anne de la Quintardière

PASSAGÈRES DE NUIT- Yanick LAHENS

PRIX ACADÉMIE FRANÇAISE

Dans ce roman, l’auteure rend hommage à ses aïeules, ces figures de femmes fortes ont tracé la voie vers la liberté, alors même qu’elles étaient les femmes les plus opprimées qui soient, esclaves sans aucun droit sur leur vie, dans un temps où l’homme blanc régnait en maître absolu, et où à tout moment pouvaient surgir la torture et la mort…

De PORT-AU-PRINCE à La NOUVELLE-ORLÉANS, leur refus de soumission les guidera sur le chemin de leur indépendance personnelle.

-La jeune Élisabeth DUBREUIL a poignardé Maurice Parmentier, un ami de son père qui a tenté de la violer. Avec l’aide de sa mère et de sa grand-mère, elle prendra un bateau et deviendra une de ces passagères de la nuit.

-Camille Dubreuil, mulâtresse a reçu une solide éducation chez les religieuses.

-Regina naît dans un hameau parmi les plus pauvres au sud de l’île de Haïti, et la mort de son père l’oblige, à l’âge de 10 ans, à devenir servante ou plutôt esclave d’une famille noire un peu plus haut placée dans la hiérarchie de l’île, mais la méchanceté de la maîtresse de maison l’obligera à fuir, et à se construire à force de rage de vivre, une petite liberté qui l’a conduira dans les bras d’un des généraux venus les libérer.

L’île sera-t-elle sous l’emprise d’un énième dictateur ? L'arrivée du Président Sallenave, héros porteur d'espoir, est attendue.

On découvre à travers l’histoire de ces femmes, la ténacité et l’effroyable courage qu’il leur a fallu pour se construire et construire l’indépendance de leur famille au milieu des convulsions de l’Histoire d’Haïti.

Un roman qui rend hommage aux ancêtres de l’auteure, avec fierté et délicatesse, les mots sont beaux malgré la souffrance qu’ils évoquent. Une belle écriture, des couleurs, des odeurs.

Une société marquée par l'esclavagisme, un monde sauvage, pour les femmes qui ne doivent pas gémir, mais avancer.

Juste un petit regret, j’ai eu du mal à me repérer dans les époques et les histoires un peu trop entrecroisées de ces femmes. Il m’est arrivé de ne plus savoir de qui on parlait. Un peu dommage et bizarre que deux mois après la lecture de ce roman, je n'en ai aucun souvenir marquant.

 

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Quatre jours sans ma mère Ramsès KEFI Editions Philippe Rey

21 Février 2026 , Rédigé par Anne de la Quintardière

QUATRE JOURS SANS MA MÈRE — Ramsès KEFI —

Editions Philippe Rey 

Recommandé PAR AUGUSTIN TRAPENARD

Amani, 67 ans, une femme sans histoire a emprunté régulièrement le bus 789 pour aller de sa cité la Caverne en banlieue parisienne à son travail. Elle est en retraite et décide subitement de disparaître. Elle laisse un mot, et surtout 2 hommes complètement atomisés. Son mari, Hédi, maçon à la retraite, 50 ans de mariage, est furieux. Pris d’une rage incontrôlable, il casse tout dans la maison, démonte les meubles et enlève son alliance et la jette.

Slimane, son grand fils de 36 ans, master d'histoire en poche, vit toujours à la maison. Il s'effondre, mais tente de comprendre.

Il traîne de petit boulot en petit boulot, et le soir va rejoindre ses copains, sur le « Parking », pour fumer des clopes, à attendre Dieu sait quoi en se racontant des histoires et en refaisant leur petit monde.

Un électrochoc pour Salmane, qui en compagnie de ses copains, cherche à savoir où elle a pu partir, puisque cette femme est sans famille autre que son mari et son fils.

Seulement voilà, orpheline, elle ne l’est pas, ni son père d’ailleurs, ils ont bien chacun une famille en Tunisie qu’ils ont fuie alors qu'ils étaient jeunes-mariés. Amani est partie retrouver ses racines, n’en pouvant plus de ces mensonges et de ces secrets de famille qui l’étouffent.

Salmane n’hésite pas à prendre l’avion et retrouve sa mère chez la sœur de celle-ci Hager.

Alors il va apprendre son histoire, découvrir des photos et le passé de ses parents, ces révélations feront de lui, enfin, un homme, et non plus cet ado attardé qu’il était encore à 36 ans.

Un premier roman plein de péripéties, écrit sur un ton allègre et avec la verdeur acidulée de la jeunesse. Mais derrière la simplicité du récit, on trouve le grand questionnement sur la condition sociale des immigrés en France, et les coutumes de leur autre pays, la difficulté de faire vivre harmonieusement pour eux ces diverses origines, le rôle primordial des mères, piliers de ces familles fragilisées.

Un roman qui se lit aisément, mais qui mine de rien interroge intensément le lecteur sur ses propres sentiments, ressentis, opinions.

 

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Nourrices Séverine Cressan Editions Dalva

20 Février 2026 , Rédigé par Anne de la Quintardière

NOURRICES – Séverine CRESSAN


 

Une histoire que nous connaissons peu, même si nous savons qu'il était hors de question pour une femme bourgeoise d'allaiter son enfant, on connaît moins ce côté nourrices, véritable industrie, trafic sur le dos des femmes qui profite à certains hommes qui mettent en contact l'offre et la demande. Ces hommes prennent un pourcentage sur les transactions, font du chantage . Comment les qualifier ? Des proxénètes, assurément.

Dans ce village comme dans beaucoup d’endroits de la France rurale, les femmes tirent un revenu en vendant leur lait.

Deux options :

-Se placer en ville dans la famille du bébé, un emploi mieux rémunéré, mais il s'accompagne de la souffrance de devoir sevrer ou abandonner son propre nourrisson à une autre femme.

- Prendre des nourrissons à la campagne.

Dans un village perdu, Andoche est bûcheron, son épouse Sylvaine vend son lait pour se sortir de la pauvreté, elle a accueilli chez elle une petite fille, dès qu’elle a sevré son petit garçon. C’est une petite fille chétive, qui semble avoir du mal à survivre… Une nuit où Séverine traverse la forêt, elle trouve un nouveau-né abandonné dans une clairière. C’est une fille, et il y a près d’elle un carnet qui raconte son histoire. Séverine la ramène à la maison, au grand mécontentement de son mari, qui la voit nourrir un enfant sans être payée…

Des textes poétiques et fantastiques qui magnifient le rôle de la maternité, ce miracle de la vie.

Mais voilà que la petite fille de la ville meurt, Séverine et son mari sont horrifiés, car c’était son premier nourrisson, et sa réputation va être ruinée. Alors leur passe une idée folle par la tête. Remplacer la petite fille décédée par le nourrisson trouvé, elles sont si petites, personne ne verra rien.

La langue de l’auteur est crue et sensuelle, elle nous décrit l’existence sans pitié que mènent ces femmes, confrontées à la réalité de la vie, de cette bataille qu’elles livrent entre leur corps et leur instinct entre avortement, blessures physiques et psychologiques.

On y croise Faustine malade, dont le mari viole des gamines, la vieille Margot et son savoir ancestral.

Et toujours dans une nature enchanteresse, vivante dans ses mystères, avec ses forces bienfaisantes et malfaisantes de la nature, avec des visions d'apocalypse ou de paradis.

C’est un roman qui remue, qui met mal à l’aise, qui dénonce encore et toujours l’exploitation du corps des femmes, même dans ce qu’elles ont de plus précieux, leur maternité, leur instinct maternel, l’amour des enfants. Il leur reste la sororité.


 

Un récit fabuleux à la Lauren Groff, j'ai adoré, mais certains lecteurs sont rebutés par le style animisme et ses petits génies sortis de la vitalité des éléments et de la flore.

 

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Tressaillir Marie Pourchet Prix Goncourt des détenus Editions Stock

19 Février 2026 , Rédigé par Anne de la Quintardière

TRESSAILLIR – Marie POURCHET

Une femme quitte sa maison… Presque sur un coup de tête. Elle n’a rien préparé, elle se demande rapidement pourquoi elle a fait ça, pourquoi surtout elle a laissé sa fille Lou avec son père Sirius, car la vie d’après n’est pas ce qu’elle croyait, tout lui file entre les mains, elle ne gère plus rien, et les antidépresseurs, associés à un psychiatre bizarre ne l’aident pas à avoir une idée claire de sa situation. La peur de tout continue à l'accompagner.

Sur les conseils de ce dernier et avec aussi le regard lucide que sa seule amie, Blanche, pose sur la situation, elle essaie de reconstruire ses journées, sa vie de femme libre, mais la sensation d’arrachement est bien là, et la tentation de retourner vivre avec son mari est grande, tellement le manque de confiance en elle est criant.

Pourtant elle arrivera à obtenir une garde alternée, à mentir pour pouvoir louer un appartement, à décrocher quelques conférences dans un lycée, dans ses Vosges natales où les grandes forêts l’attendent, il y aura le retour auprès de l’homme détesté, mais protecteur contre le monde qui lui fait si peur. Il lui faudra ce second départ pour avoir enfin les outils nécessaires à une vraie reconstruction. Et peut-être découvrir l’origine de la peur qui l’a rendue si faible face aux événements de sa vie.

D'où viennent nos peurs, ces peurs imprécises qui collent à la peau ? C'est dans la région des Vosges que les peurs ont commencé. Sur place, elle se souvient de ses peurs dans la cour de récréation, surtout, ne pas être seule. En atelier scolaire, elle rencontre Eric dont elle ne se souvient pas. Tout a commencé là et son cerveau a décidé d'oublier.

Une trame intéressante qui met l’accent sur les difficultés de prendre l’initiative d’une séparation, que l’on ne réussit pas toujours la première fois, mais pour moi l’auteure a un peu raté sa démonstration.


 

L'écriture est nébuleuse. Est-ce volontaire pour décrire l'état dans lequel est le personnage, le brouillard est dans l'écriture décousue. Michelle l’héroïne avait le droit d’être floue, mais elle aurait pu éclairer les lecteurs par un fil conducteur pour apprécier ce roman.

La lumière se fait dans les dernières pages lorsqu'on apprend la proximité de l'enfant près d'un drame qui a bouleversé toute la France. Ce roman est à la fois un exorcisme et une psychothérapie.

 

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Kolkhoze : Emmanuel Carrère Prix Médicis

18 Février 2026 , Rédigé par Anne de la Quintardière

KOLKHOZE – Emmanuel CARRERE –Prix MEDICIS

Un peu ardu de se promener dans l'arbre généalogique d'Emmanuel Carrère. Cette fois, son récit se resserre sur la branche maternelle, celle de Hélène Carrère d'Encausse, académicienne décédée en 2023.

Des parcours de vie compliqués pour la bourgeoisie russe, des anecdotes géorgiennes aux manières sophistiquées alors qu'ils n'ont plus un sou.

J'avais beaucoup aimé le roman Limonov, nom de cet homme qui avait fait quelques années de colonie pénitentiaire pour son opposition à Poutine.

Eltsine a chargé un économiste libéral de créer une nouvelle économie de marché dans un pays qui n'en avait jamais connue. 99%de la population tombe dans la misère.

Après quelques années de liberté, voici les mafieux tchétchènes. Poutine est mafieux, brutal, il amasse pour lui même, mais les Russes votent pour lui, car il est fiable pour agrandir la Russie, reconstruire l'Empire soviétique. L'âme russe est forte et Poutine lui a rendu sa fierté.

Je découvre la Géorgie avec Salomé Zourabichvili, fille de Levan, son cousin, cette présidente de Géorgie est diplomate française.

On aborde la guerre en Ukraine puisque l'auteur narre l'épisode kafkaïen de son départ pour tourner un film en Russie le premier jour de la guerre avec l'Ukraine, ses rencontres à l' hôtel où les Pro-Poutine se retrouvent et lui, à leurs côtés, sans le sou.

Dans cette nouvelle saga familiale, l’auteur rend hommage à son père, l’homme effacé de façon magistrale par sa mère, il laisse tout de même apparaître son affection pour cette femme qui a aimé ses enfants malgré l’image qu’elle donnait à voir. Une éducation d'autrefois, pas de médiocrité pour une mère figée dans son rôle emblématique. Jamais de faiblesse.


 

Ce titre Kolkhoze n’est d’ailleurs pas choisi au hasard, puisque cela voulait dire, dans l’histoire familiale, en l’absence du père, se réunir dans le même lit et autour, la mère et les 3 enfants, et appeler cela « faire Kolkhoze ».

Il passe dans ce livre de l’évocation de la grande histoire à des anecdotes intimes, qui dévoilent un côté plus tendre d’Hélène CARRERE D’ENCAUSSE, et révèle par la même occasion ses propres sentiments de fils aimant.

Fresque, grandiose et intime à la fois, qui évoque le côté romanesque et fantasque de ces caractères slaves fascinants et insaisissables, mais qui s’intègrent tellement dans une histoire folle et à leur mesure … ou démesure.

Un livre brillant, avec une analyse fulgurante sur les rouages implacables de l’histoire, dans laquelle nous reconnaissons malheureusement ceux qui sont en train de se mettre en route avec l’ambition de Poutine de récréer l’Empire russe en commençant par écraser les pays qui sont autour de lui.

 

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La nuit au cœur Natacha Appanah 3e Prix des prix

17 Février 2026 , Rédigé par Anne de la Quintardière

La nuit au cœur – Nathacha APPANAH

PRIX Médicis

Après une emprise intellectuelle par celui qui deviendra son premier amour, l’auteure a pu échapper à l’horreur de la violence et de l’emprise.

Cet homme mûr, journaliste, écrivain et entraîneur d'athlétisme va passer de guide à gourou. Dès ses 18 ans, l'auteure qui ne connaît rien à la vie va admirer et se soumettre à cet homme remarquablement intelligent comme la plupart des pervers narcissiques, peu à peu, il va l'éloigner de sa famille.

Quelle est la bonne distance pour raconter l'inénarrable et se reconstruire? L'auteure a refusé d’évoquer sa propre histoire et s’est murée longtemps dans le silence.

Comme dans une méthode scientifique, elle se base sur sa mémoire, ses propres ressentis tout en explorant au scalpel des sources d'autres témoignages souvent enfermés dans le carcan de sociétés bien pensantes.

2021, le meurtre puis l’immolation par le feu de Chahinez Daoud, dans des conditions particulièrement horribles, va libérer sa parole, ou plutôt son écriture.

Elle revient aussi sur les soupçons qu’elle avait eus au moment du décès de sa cousine Emma, morte il y a 20 ans sur l'île Maurice, écrasée par un chauffard, qui était en fait son mari. Elle mène son enquête auprès de sa famille, et encore une fois les similitudes se font jour.

Particulièrement cette poursuite en voiture qu’elle retrouve dans son cas et dans celui de ces deux femmes. Son analyse pointe l’essentiel, la peur, la soumission, l’isolement, la dévalorisation, la résistance tardive de ces femmes, car il y en a malgré tout, mais combien il est difficile de s’en sortir .

Même si le schéma de l'homme décrit dans les deux cas présentés est issu d'une société patriarcale et traditionnelle qui ne supporte pas que son épouse, sa chose lui échappe, l’auteure nous fait toucher du doigt la réalité complexe de cet engrenage lorsqu'il est vécu de l'intérieur d'une relation où les émotions et l'amour y ont leur part.

C'est lorsqu'elles comprennent l'emprise et tentent de s'en sortir que la sentence de mort tombe.


 

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JE VOULAIS VIVRE – Adélaïde de CLERMONT TONNERRE 2e Prix des prix AMB,PRIX RENAUDOT 2025

16 Février 2026 , Rédigé par Anne de la Quintardière

JE VOULAIS VIVRE – Adélaïde de CLERMONT TONNERRE

PRIX RENAUDOT 2025

Quel régal ! Un roman passionnant.

La romancière donne voix à Milady, le personnage féminin d’Alexandre Dumas.

Cette Milady, née Anne de Breuil, dont la mère et la nourrice ont été assassinées par les cousins de son père décédé va être sauvée et protégée par le Père Lamandre.

Ce père Lamandre devient gestionnaire de l'héritage de cette jeune fille noble, dont il a retracé la généalogie. À son décès, son remplaçant, le Père Sanson devient le nouveau tuteur. Hélas ce dernier fait main basse sur l'héritage de sa pupille et la met dans son lit. Elle n'a que lui, il la fait passer pour sa sœur et emporte des chandeliers de valeur. Premier méfait qu'on attribuera à Anne.

De cette enfance brisée, elle va se forger une carapace et devenir cette femme indomptable qui reprend le nom de Charlotte Backson.

Lady CLARICK, ou Milady de WINTER, s’élèvera dans la société de l’époque, devenant espionne pour le compte du Duc de Buckingham, l' amoureux du roi Jacques d'Angleterre. Charlotte pénétrera un cercle où évoluent artistes, médecins, scientifiques, politiciens.

Elle rencontrera d’ Artagnan, et ses acolytes, mais peut-être en veut-elle trop.

Charlotte aime avec toute sa fougue sans calcul, elle devient enceinte et James de Winter lui propose d'être le père de ce bébé. Elle vivra entre Mordaunt et James, une période heureuse loin des luttes d'influence.

La vengeance qu’elle croit enfin tenir entre les mains, l’espoir de retrouver les biens de ses parents, lui faire rendre justice et condamner tous ceux qui l’ont spoliée et sont responsables de la mort de sa mère et de sa nourrice… Tout cela va lui exploser au visage et causer sa perte.

Hélas, les hommes sont les plus forts.


 

Dans cette fresque captivante, Adelaïde de Clermont Tonnerre ne perd pas le regard tendre et indulgent qu’elle a pour son héroïne et nous offre dans ce récit éblouissant une relecture magistrale du roman de DUMAS.

 

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